Dès la veille, des milliers de fans campent devant les magasins, certains depuis plusieurs jours, espérant être parmi les heureux élus à se procurer l’une des 500 000 consoles disponibles – un chiffre bien en deçà de la demande réelle. Les images de files d’attente interminables, de clients triomphants brandissant leur boîte noire et de revendeurs profitant de la pénurie pour multiplier les prix par trois ou quatre sur eBay font la une des médias. Sony annonce un chiffre d’affaires record de 250 millions de dollars en une seule journée, pulvérisant les performances du lancement de la Dreamcast (97 millions de dollars). Pourtant, derrière ce succès apparent se cache une réalité plus complexe : Sony a délibérément limité les stocks pour entretenir la frénésie autour de sa console.
Les observateurs de l’industrie, comme le souligne IGN, notent que la firme japonaise a réduit de moitié ses livraisons initiales, passant d’un million à 500 000 unités, officiellement en raison de problèmes de production liés à une puce graphique défectueuse. Résultat, la PS2 devient introuvable en quelques heures, et un marché noir florissant émerge, avec des consoles revendues jusqu’à 2 000 dollars – soit cinq fois leur prix de vente recommandé. Pour la plupart des acheteurs, l’argument principal n’est pas les jeux, mais le lecteur DVD intégré, bien moins cher que les platines autonomes de l’époque. Les ventes de films en DVD explosent dans la foulée, confirmant que la PS2 sert avant tout de cheval de Troie pour imposer le format dans les foyers américains.