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Test : Lovish – La vengeance est un plat qui se mange en 8-bits

Il y a des noms qui, dans la nébuleuse de la scène indépendante, agissent comme des labels de qualité. Matt Kap est de ceux-là.

Après avoir prouvé avec Astalon: Tears of the Earth qu’il maîtrisait le format Metroidvania comme peu de ses contemporains, le revoilà de retour avec un projet plus resserré, plus brut : Lovish. Un titre qui troque l’exploration tentaculaire pour l’intensité du tableau unique. Préparez vos carnets, vos réflexes et votre patience, car sous ses airs de pastiche NES se cache l'un des jeux d'action-réflexion les plus malins de ce début d'année.

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Le Chevalier à la triste figure (et au moral douteux)

L’introduction de Lovish donne immédiatement le ton. On oublie les héros sacrificiels et les quêtes épiques pour la survie de l’humanité. Sir Solomon, notre "héros", est une synthèse parfaite de l'insécurité masculine et de l'opportunisme. Alors qu’il fait route avec les "Sauveurs de Lumière" pour délivrer la princesse Tsuna, une pensée l’assaille : et si ses coéquipiers, plus charismatiques ou plus forts que lui, finissaient par séduire la belle ? Ni une, ni deux, Solomon plante ses amis et s’enfonce seul dans le repaire du Seigneur Démoniaque.

Ce postulat narratif n’est pas qu’un simple gag de début de partie. Il infuse tout le jeu d'une aura de dérision bienvenue. Le ton est cynique, l'humour est omniprésent dans les dialogues et les situations, transformant ce qui pourrait être une simple montée de tour laborieuse en une aventure à la personnalité affirmée. On n'aide pas Solomon parce qu'il est bon, on l'aide parce qu'il est pathétique, et c'est étrangement rafraîchissant.

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La grammaire de l'écran fixe

Le cœur nucléaire de Lovish, c'est son format : un niveau, un écran. C’est une structure qui a quasiment disparu du paysage vidéoludique moderne. Pourquoi ? Parce qu’elle ne pardonne rien au développeur. Dans un jeu à scrolling, on peut se permettre des zones de transition, des moments de respiration. Dans un jeu à écran fixe, chaque pixel doit avoir une fonction. Chaque ennemi, chaque plateforme, chaque pic doit être placé avec une intention précise.

À ce petit jeu, LABS Works réalise un sans-faute. Les 70 niveaux de base sont autant de puzzles logiques déguisés en jeux d'action. Le jeu s'inspire ouvertement de classiques comme Solomon's Key ou Lode Runner, où la lecture de l'environnement est aussi importante que la vitesse d'exécution. Dans le niveaux avancés, on fonce, on saute, et on observe tant bien que mal. Puis, très vite, à force d'essais, on comprend la structure du niveau et et à ce moment-là, le skill manuel peut enfin s'exprimer pour sortir du level.

Un côté Die & Retry assumé, pas réellement punitif mais aux conséquences certaines: on débute le jeu avec une large quantité de coeur, qui diminuent d'une unité à chaque essais. Si passer sous la barre du Zéro ne vous empêche pas de continuer, il se pourrait que cela ait un impact lorsque vous viendrez à bout du dernier level.

La courbe d'apprentissage est un modèle du genre, rappelant les plus belles heures des meilleurs jeux de la NES. Sans aucun tutoriel textuel lourd, le jeu nous enseigne ses règles par le pur level design. Le niveau 1 teste vos sauts, le niveau 2 introduit le combat, le niveau 3 vous apprend à gérer la verticalité. C'est une éducation silencieuse, gratifiante, qui fait confiance à l'intelligence du joueur. Un luxe rare aujourd'hui.

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L’économie du Dash et le poids des pièces

Rapidement, la difficulté grimpe d'un cran. C'est ici que l'économie du jeu entre en scène. Lovish n'est pas qu'un jeu d'adresse, c'est aussi un jeu de gestion. Dans chaque niveau, des pièces sont disséminées. Certaines sont évidentes, d'autres sont cachées dans des éléments de décor destructibles. On pourrait être tenté de tracer vers la sortie, mais faire l'impasse sur le butin est une erreur stratégique majeure.

La boutique, accessible entre les mondes, est le pivot du gameplay. Solomon commence avec un set de mouvements très limité. Vous voulez frapper vers le haut pour éliminer cette chauve-souris agaçante ? Il faut payer. Vous voulez un dash pour franchir ces gouffres trop larges ? Il faut passer à la caisse. Cette progression "à la carte" offre une liberté bienvenue. On peut choisir de s'imposer un défi hardcore en restant "nu", ou farmer les premiers niveaux pour transformer Solomon en véritable machine de guerre. Le dash, notamment, change radicalement la dynamique du jeu, transformant des phases de plateforme millimétrées en balades aériennes (toutes proportions gardées).

Le titre vous laisse le choix de votre propre frustration. Si vous butez vingt fois sur un écran, ce n'est pas parce que le jeu est "cassé", c'est soit parce que votre skill fait défaut, soit parce que vous n'avez pas investi dans le bon outil. C'est une leçon de game design : donner au joueur les clés de sa propre réussite.

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Esthétique 8-bits : Au-delà de la nostalgie

Techniquement, Lovish est une déclaration d'amour à la NES. Mais attention, on ne parle pas ici d'un "pixel art" générique à la sauce filtre Instagram. On sent que Matt Kap connaît les contraintes techniques de la machine originale. La palette de couleurs est restreinte mais harmonieuse, les sprites sont expressifs malgré leur petite taille, et l'animation est d'une fluidité exemplaire. Le jeu évite le piège du chaos visuel : même quand l'écran est saturé de projectiles et d'ennemis, la lisibilité reste totale.

L'aspect sonore mérite également un paragraphe dédié. La bande-son chiptune est une réussite totale. Les thèmes sont dynamiques, entraînants et, surtout, ils ne lassent jamais, ce qui est crucial quand on s'apprête à recommencer un niveau pour la quinzième fois. La musique participe activement à cet état de "flow" nécessaire pour surmonter les passages les plus retors.

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Les Event Scenes : Le grain de folie

Pour briser la monotonie que pourrait induire la succession de 70 écrans, les développeurs ont intégré les "Event Scenes". Ces séquences aléatoires se déclenchent entre les niveaux et proposent des micro-interactions : un dialogue absurde avec un PNJ, un mini-jeu improvisé, ou une chance de récupérer de la vie. Si elles restent secondaires par rapport au gameplay pur, elles apportent une texture supplémentaire à l'univers. On ne sait jamais sur quoi on va tomber, et cette imprévisibilité renforce le côté "aventure" du titre, malgré sa structure rigide.

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Un contenu pour les complétistes

Si la ligne droite peut paraître courte pour les plus doués (comptez quelques heures pour voir le bout du tunnel), Lovish cache bien son jeu pour ceux qui aiment fouiller. La quête descouronnes est le véritable "End Game". Ces objets, souvent placés dans des endroits d'une difficulté atroce ou cachés derrière des murs illusoires, sont les clés ouvrant l'accès aux niveaux bonus et aux super-boss. Ces derniers représentent le véritable défi du jeu, là où la moindre erreur de pixel est fatale. C’est ici que Lovish passe de "petit jeu sympa" à "test d'endurance pour vétérans". 
Le petit conseil de la rédact: dès que possible, vérifier si y'a pas un objet dans la boutique qui pourrait vous faire farme une couronne supplémentaire à chaque niveau réalisé. Cela est bien entendu conditionné, mais ça peut vous permettre de gagner un peu de temps pour découvrir au plus vite le contenu et les boss liés à ces couronnes!

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Points forts

➤ Une maniabilité d'une précision absolue.

➤ Un level design qui récompense l'observation.

➤ L'humour décapant et le ton parodique.
➤ Une OST chiptune qui frise la perfection.

➤ La progression via la boutique, très gratifiante.

Points faibles

➤ Une durée de vie en ligne droite un peu courte.

➤ Un pic de difficulté final qui pourra en laisser certains sur le carreau.

➤ On aurait aimé encore plus de types d'ennemis différents.

Verdict

Sous ses dehors de petite sucrerie rétro, Lovish est un morceau de game design d'une efficacité redoutable. En remettant au goût du jour le format de l'écran fixe et en le mariant à une progression intelligente par l'équipement, LABS Works livre une expérience addictive, exigeante mais jamais injuste. Solomon a beau être un héros médiocre, son jeu, lui, est une petite perle de précision qui rappelle que la taille du monde importe peu tant que chaque mètre carré est un plaisir de jeu. Un indispensable pour les nostalgiques de Solomon's Key et pour tous ceux qui aiment quand un plan se déroule sans accroc... au bout de la cinquantième tentative.

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Lovish

Lovish

Dev LABS Works
Éditeur DANGEN Entertainment
Sortie Sortie dans 1 jour(s)
Plateforme PC-Windows
Genre Action-Aventure
PEGI 12+

Lovish est un jeu action-aventure délirant à la 8-bit ! Partez en quête avec Sir Solomon à travers une serie de mini-pièces pour libérer sa bien-aimée, la princesse Tsuna, des griffes du Seigne...