Une Deluxe Edition vraiment “tout compris”
Cette édition Legends sur Switch 2 joue la carte de la démesure, avec un contenu pensé pour tenir sur la durée. On y retrouve un garage de plus de 120 véhicules au total, répartis sur 10 disciplines (GT, Touring, Drift, camions, monoplaces, prototypes/hypercars…), des grilles jusqu’à 22 concurrents, et une tournée mondiale qui s’étale sur 24 localisations déclinées en plus de 130 variantes de tracés. À côté de la carrière, la plus massive de la série, avec des centaines d’événements, le jeu aligne aussi son mode narratif “Driven to Glory”, construit en 36 chapitres, prolongé par les campagnes additionnelles incluses dans cette Deluxe. Le tout est emballé par une BO qui mélange morceaux énergiques et score original, composé par Ian Livingstone.
Driven to Glory : un feuilleton maladroit, mais une rampe de lancement efficace
GRID Legends tient à sa mise en scène, et cela se voit dès l’ouverture : une course scénarisée sert de rampe de lancement, avant de laisser le choix entre le mode histoire et la carrière. “Driven to Glory” déroule ensuite son feuilleton en prises de vues réelles, avec voix-off, interviews, séquences de paddock et rivalités surlignées, dans une grammaire qui évoque les docu-séries sportives actuelles. L’intention est claire, l’exécution beaucoup plus inégale : écriture très mécanique, jeu d’acteur inconstant, VF souvent maladroite… Au fil des chapitres, ces séquences finissent par perdre leur pouvoir d’accroche, d’autant que les performances en piste n’influent pas sur la trame.
Pour autant, ce mode ne se résume pas à son habillage. Il aligne une vraie variété de situations, de catégories et d’objectifs, ce qui lui donne un rythme “mission” plutôt que championnat, et évite la monotonie. On y retrouve notamment :
➤ des objectifs de placement (finir à une certaine position, passer devant un rival ciblé)
➤ des contraintes de performance (réussir un chrono lors d’une séance d’essai)
➤ des formats qui alternent voitures et disciplines, histoire de renouveler les sensations
Surtout, “Driven to Glory” joue un rôle utile dans l’économie du jeu : il arrose généreusement en XP et en crédits, et accélère l’accès aux déblocages et aux améliorations. Même si l’histoire peine à convaincre, le mode reste une entrée en matière efficace, parce qu’il alimente directement la carrière et ses centaines d’événements.
La carrière: Un jeu dans le jeu !
C’est en carrière que GRID Legends trouve sa meilleure cadence, parce qu’elle assume une progression simple: quatre paliers (Rookie, Semi-Pro, Pro, puis The Gauntlet) qui ouvrent progressivement l’accès à des grilles plus rapides et à des formats plus exigeants. L’ensemble se veut massif, avec plusieurs centaines d’événements au total, et surtout une vraie variété de disciplines qui évite l’effet “même course, même tracé, même voiture” après quelques sessions. La route reste la colonne vertébrale, mais le jeu multiplie les respirations entre catégories et propose régulièrement des épreuves qui changent le tempo.
Le système d’améliorations complète bien ce schéma. Les upgrades ne se consomment pas comme une liste de courses à vider d’un coup : chaque voiture débloque ses niveaux d’amélioration au fil des kilomètres parcourus, avec des paliers qui encouragent à rouler, tester, puis affiner. Cela donne au garage une progression plus organique. En parallèle, la carrière intègre aussi une couche “écurie” (mécano, coéquipier, objectifs liés aux sponsors selon les événements), qui sert moins à raconter une histoire qu’à donner des leviers de progression supplémentaires et un prétexte à varier les engagements.
Enfin, pour ceux qui veulent simplement conduire sans se heurter à la propriété du garage, le mode libre / créateur d’événements fait office de terrain de jeu. Il permet d’assembler des courses sur mesure en jouant sur la discipline, la classe, la localisation et ses variantes de tracés, le nombre de tours, la taille de la grille, et même des paramètres plus “bac à sable” (météo, heure, dégâts mécaniques, modificateurs de course). L’intérêt, c’est l’absence de barrière à l’essai : les véhicules non possédés restent utilisables comme “voitures prêtées”, avec des gains réduits, mais sans interdire l’expérimentation. Une philosophie cohérente avec le reste : beaucoup d’options, peu de frustration, et une carrière qui préfère pousser à rouler plutôt qu’à patienter.
Conduite : du simcade net, mais une limite vite atteinte
GRID Legends sur Switch 2 assume son ADN arcade, mais il ne se contente pas d’un pilotage simplifié. Dès les premières courses, on sent le poids des voitures, la différence entre traction et propulsion, et les petits retours de la manette qui signalent un survirage ou une perte d’adhérence. Ce n’est pas une simulation, mais ce n’est pas non plus un “glisse partout” : il y a assez de nuances pour donner du caractère aux caisses et garder le joueur accroché sur la durée. Les aides et la difficulté réglable permettent de calibrer l’expérience, de l’entrée de gamme accessible jusqu’à des adversaires agressifs qui ne pardonnent rien.
La limite matérielle, elle, vient des contrôleurs Nintendo : Joy‑Con et manette Pro n’offrent pas de vraies gâchettes analogiques, ce qui réduit la finesse du dosage accélération/freinage. C’est une contrainte tangible, surtout pour ceux qui aiment sentir la pédale sous le pied. Pourtant, la prise en main reste intuitive et le jeu se plie bien à une conduite arcade, nerveuse et immédiate. La compatibilité annoncée avec la manette GameCube, équipée de vraies gâchettes, pourrait d’ailleurs devenir l’option idéale pour retrouver un pilotage plus naturel et précis.
Technique : un portage Switch 2 qui surprend par sa tenue
GRID Legends ne se contente pas de tourner correctement : il donne l’impression d’avoir été pensé pour la machine. Les préréglages offrent un vrai choix entre fluidité et rendu, et en pratique le mode Graphique s’impose comme la meilleure option, avec une stabilité remarquable et un framerate super stable. Les rares micro‑saccades sont si furtives qu’on peine à les provoquer, et la sensation de vitesse reste intacte, quelle que soit la caméra utilisée (quatre ou cinq vues, dont deux intérieures).
Visuellement, le jeu affiche une netteté convaincante, renforcée par la possibilité d’ajuster le sharpness dans les options. Pas de pop‑in gênant, pas de textures qui jurent : l’ensemble reste homogène et cohérent, ce qui évite toute distraction en pleine course. Les chargements, eux, sont courts, une dizaine de secondes pour lancer un circuit, et la reprise rapide depuis l’accueil devient un vrai confort, surtout dans le mode histoire où l’on enchaîne les épreuves.
Enfin, le retour manette complète bien le tableau : les vibrations, discrètes mais précises, participent à la lecture du comportement de la voiture et renforcent l’immersion. Côté accrocs, rien de sérieux à signaler : aucun crash, aucun bug bloquant. Seul un petit souci de caméra dans un tunnel, rare et localisé, rappelle que le portage n’est pas parfait. Mais dans l’ensemble, la Switch 2 s’offre ici une conversion étonnamment propre, qui fait plus que “tenir la route”.
Audio : des moteurs qui portent le jeu, une musique qui s’éteint vite
GRID Legends réussit son audio là où un jeu de course n’a pas le droit de tricher : dans les moteurs. Ça grogne, ça claque, ça respire, avec un vrai écart entre la cabine, plus étouffée, plus “mécanique”, et la vue extérieure, plus brute, plus spectaculaire. Les montées en régime se lisent bien, les rétrogradages ont de l’impact, et l’ensemble suffit à donner du relief aux voitures, même quand la conduite reste volontairement arcade.
La musique, elle, fait l’effet inverse. Peu de morceaux marquants, une boucle qui revient trop vite, et un petit motif qui finit par sonner plus kitsch qu’enthousiasmant. À force, elle couvre plus qu’elle n’accompagne, et l’option la plus logique devient de la couper pour ne garder que les moteurs et l’ambiance de piste. Ce n’est pas dramatique, juste que le vrai “soundtrack”, c’est le V8!!!
Points forts
➤ Portage Switch 2 très propre, stable et confortable
➤ Deluxe Edition généreuse, tout le contenu intégré sans friction
➤ Carrière accrocheuse, progression claire, variété d’épreuves
➤ Conduite arcade avec du feeling, options de difficulté et d’aides complètes
➤ Chargements rapides, reprise pratique, vibrations utiles
Points faibles
➤ Mise en scène du mode histoire vite fatigante, ton “série B” envahissant
➤ Musiques peu inspirées
➤ Pas de gâchettes analogiques sur Joy-Con/Pro : on s’adapte, mais c’est dommage
Verdict
Surtout, la version Switch 2 fait bien plus que suivre : elle impressionne par sa tenue. En mode Graphique, la stabilité est exemplaire, l’image reste nette (sharpness réglable), les chargements sont courts et la reprise rapide devient un confort réel. Côté conduite, l’ADN arcade reste dominant, mais avec assez de nuances pour accrocher, même si l’absence de vraies gâchettes analogiques sur Joy-Con/Pro limite le dosage fin. À l’arrivée, GRID Legends sur Switch 2 ressemble à ce qu’on attend d’un bon portage : un jeu déjà connu, mais livré dans sa meilleure forme nomade.