Un plateau assumé
Reptilian Rising pose ses figurines sur des cartes thématiques et les fait avancer case par case. L'ère des Croisades ressemble à une table de war game médiéval. Le futur affiche ses couleurs criardes et ses décors de science-fiction années 80. L'ensemble dégage l'énergie d'une boîte de jeu sortie du grenier - un peu abîmée, toujours attachante.
Les ennemis sont le point fort visuel du jeu. Les Lazer Raptors, les Manborgs, le Tri-Cannon - ce triceratops-mitrailleuse dont personne n'avait demandé l'existence - ont tous une silhouette lisible et un caractère affirmé. Les modèles des héros historiques sont moins détaillés, moins expressifs. Le déséquilibre se remarque sans peser sur l'expérience globale.
Portes, énergie et décisions
Chaque carte propose des portes temporelles tenues par les Reptiliens. Laissées sans surveillance, elles déversent des renforts à intervalles réguliers. Pour s'en emparer, il faut s'y positionner et activer la porte deux fois - deux tours, deux actions, deux occasions pour l'ennemi d'intervenir. Une fois conquise, la porte devient un point d'invocation pour nos héros.
La gestion de l'énergie structure toutes les décisions. La jauge monte jusqu'à 200 unités en réalisant des actions offensives ou défensives. Elle sert à déclencher les coups spéciaux et à invoquer des renforts depuis les portes conquises. Faut-il l'utiliser pour éliminer rapidement une menace, ou la conserver pour faire apparaître un compagnon supplémentaire au moment où une porte va tomber ? Cette tension-là anime vraiment le jeu.
Le roster grossit à chaque niveau : au moins un recrutement par carte, avec un choix entre trois figures historiques aux profils distincts. Corps-à-corps, distance à l'arc ou au fusil, soins, boost d'équipe - les rôles sont lisibles et les synergies existent. Les héros accumulent des niveaux pendant les runs, gagnent de nouvelles capacités, et peuvent être réinvoqués tant qu'il leur reste des vies. La mort définitive d'un héros est une vraie perte.
La boucle roguelite
Le jeu structure sa progression en ères, chacune composée de quatre niveaux et un boss. Mourir ne remet pas les compteurs à zéro : les niveaux gagnés par les héros persistent, et l'or et l'obsidienne accumulés s'emportent au magasin - accessible uniquement entre deux ères, jamais en cours de run. Cette contrainte force à planifier les achats : capacités offensives ou défensives d'une classe, vies supplémentaires, continue d'urgence pour ne pas tout reprendre sur un niveau raté.
Après dix heures et deux ères, la boucle tient. Chaque run apprend quelque chose, chaque mort laisse quelque chose derrière elle. Ce que donnent les cinq ères restantes en termes de renouvellement, difficile de le savoir à ce stade.
L'IA et ses limites
Les Reptiliens avancent, occupent des cases, font apparaître des renforts - mais leur comportement tactique reste en surface. Ils gagnent par accumulation plutôt que par manoeuvre. Une fois que nos persos ont gagnés quelques levels et quelques passages à la boutique (ce qui implique quelques morts donc), on ne se retrouve que rarement en danger, même en difficulté maximale. Les boss sont une autre histoire : chacun impose ses propres conditions de survie et force à revoir ses automatismes:
Technique et audio
Testé sur Steam Deck, Legion Go S et un PC portable Ryzen 7 série 4000 avec une RTX 3050 et 8 Go de RAM, le jeu tourne sans accroc sur les trois configurations. Résolutions adaptées selon les appareils, paramètres ajustables, aucun problème de performance.
La bande originale retro sci-fi colle à l'ambiance mais s'use vite. Les boucles musicales deviennent redondantes au bout de quelques heures. La possibilité de couper la musique indépendamment du reste est là, et on finit par s'en servir.
Points forts
➤ Concept assumé jusqu'au bout, jamais timoré
➤ Mécanique des portes temporelles qui génère de vraies décisions tactiques
➤ Roster historique varié avec synergies réelles entre classes
➤ Direction artistique des ennemis inventive et lisible
➤ Boucle roguelite solide, progression qui persiste entre les runs
➤ Optimisation technique sans défaut sur toutes les configs testées
Points faibles
➤ IA ennemie trop passive, la défaite est rare hors boss
➤ Modèles des héros moins travaillés que ceux des ennemis
➤ Boucles musicales redondantes sur la durée
➤ Magasin accessible uniquement entre les ères - la fenêtre est courte
Verdict
Reptilian Rising est un jeu de plateau tactique bien construit, avec une gestion des ressources qui crée de vraies décisions sans surcharger le joueur. Son IA trop prévisible prive le challenge d'une vraie tension en dehors des boss. Pour un tactical accessible, généreux en personnalité et cohérent dans son exécution, c'est une proposition solide - portée par un Dictatorsaur tricéphale que personne n'oubliera de sitôt.