Bannière gauche
Bannière droite

TEST - Mouse: P.I. For Hire

Un cartoon jouable, presque parfait

Depuis Cuphead en 2017, on attendait qu'un studio ose pousser plus loin l'idée du jeu habillé en dessin animé des années 30. Fumi Games, studio polonais basé à Varsovie, a pris neuf ans de plus pour y répondre, et d'une manière que personne n'avait vraiment anticipée : un boomer shooter à la première personne, entièrement enveloppé dans l'esthétique rubber hose du cinéma d'animation de l'entre-deux-guerres. Mouse: P.I. For Hire portait une promesse énorme. La question n'était pas de savoir si le style tiendrait - il était déjà évident que oui. La vraie question, c'était ce que Fumi Games avait mis dedans.

Capture d’écran (6091).png

Univers et direction artistique

Soyons directs : Mouse: P.I. For Hire est l'un des jeux les plus beaux visuellement sortis ces dernières années, et cette beauté n'a rien d'accidentel. Fumi Games a fait le choix radical d'animer chaque personnage, chaque arme et chaque objet en 2D dessinée à la main, image par image, dans un monde en noir et blanc à la Steamboat Willie. Les environnements, eux, sont polygonaux et cel-shadés, ce qui crée une profondeur de champ que les cartoons originaux ne pouvaient évidemment pas offrir.

Le résultat est saisissant. Les araignées portent des chaussures. Les plantes ont des visages. Les limaces dansent. Chaque niveau - un opéra fastueux, un bateau à vapeur infesté de gangsters, des marais empoisonnés, des décors de western en carton-pâte - ressemble à une page arrachée d'un magazine de pulp fiction des années 30, animée et truffée de balles. La lisibilité des ennemis, pourtant une préoccupation légitime dans une palette aussi réduite, n'est jamais un problème : les animations sont suffisamment expressives pour que l'action reste parfaitement lisible en toutes circonstances.

C'est tout simplement le point fort absolu du jeu, et difficile de trouver quelque chose de comparable sur le marché actuel.

Capture d’écran (6131).png

Deck-tested, Deck-approved

Testé sur Steam Deck et Legion Go S, le jeu se comporte remarquablement bien sur les deux machines. Les options graphiques peuvent être poussées au maximum sans broncher, et en combinant ça avec le lossless scaling activé via Decky Loader, on obtient 60 fps constants - en 720p sur Steam Deck, en 1080p sur Legion Go S. Pour un jeu Unity avec ce niveau de détail d'animation, c'est une belle performance qui confirme l'optimisation soignée du titre.

Trois niveaux de difficulté couvrent un spectre raisonnable. L'absence de New Game+ et l'impossibilité de revisiter les niveaux une fois terminés restent les limites les plus frustrantes pour les chasseurs de collectibles : si vous manquez quelque chose en cours de route, il faudra relancer une partie complète, mais soyons sérieux, nous avons fait le titre sur les deux supports portable, on est partant pour relancer une troisième partie sur PC de salon pour récupérer tout ce qu'on a raté.

Capture d’écran (6125).png

Ça tire, ça saute, ça mord

Jack Pepper se déplace vite, tire vite, et les armes ont du caractère. La James Gun crache ses balles avec une énergie de cartoon débridée, le revolver claque sec, et l'arsenal s'enrichit au fil des niveaux d'options franchement inventives. Le système Fantastic-o-Matic permet de récupérer des bonus temporaires via des distributeurs automatiques disséminés dans les niveaux - un équivalent cartoon des power-ups classiques du genre. La progression débloque aussi des capacités de mouvement à la Metroidvania, ce qui donne de la consistance à l'exploration.

En difficulté Detective - le mode standard -, le challenge est bien calibré. Le jeu n'est pas avare en munitions ni en points de vie, ce qui favorise un rythme soutenu et une action rarement frustrante. Mouse: P.I. For Hire préfère que vous avanciez que vous butter sur le même couloir. Certains joueurs en quête de vraie résistance risquent de rester sur leur faim même en Supersleuth, le mode le plus difficile, mais pour une session d'action nerveuse et fun, l'équilibre est là.

Les boss sont le vrai temps fort du gameplay. Inventifs, spectaculaires, chacun impose sa propre logique et teste différemment les compétences du joueur. L'un vous force à aligner des tirs de canon sur des fenêtres qui s'ouvrent en séquence pendant que des sbires vous assaillent. Un autre vous oblige à utiliser une lampe torche pour endommager un fantôme qui se démultiplie pour vous désorienter. Ces moments-là, Mouse: P.I. For Hire rappelle pourquoi les boomer shooters savent encore surprendre quand un studio prend la peine de penser ses affrontements.

L'envers du décor, c'est que les ennemis standards sont moins inspirés. Beaucoup se contentent de charger ou de rester immobiles à tirer, ce qui finit par créer une certaine routine dans les couloirs entre deux boss. La fatigue s'installe doucement sur le dernier tiers, où les niveaux s'allongent et où certaines phases d'invulnérabilité sur les boss de fin cassent un rythme qui était jusqu'ici bien huilé.

Capture d’écran (6129).png

Un polar à moustaches

Jack Pepper, ancien flic devenu détective privé dans la ville de Mouseburg, est envoyé sur une banale disparition qui se transforme rapidement en conspiration à grande échelle. Le cadre noir est efficace, les personnages secondaires sont bien écrits, et l'écriture joue habilement avec les clichés du genre polar sans jamais en avoir honte.

Le problème vient de la conclusion. Après dix à quatorze heures d'enquête, le dénouement laisse une impression d'inachevé, comme si une partie de l'histoire avait été réservée pour un DLC annoncé. C'est d'autant plus dommage que l'intrigue tient la route jusqu'aux derniers actes : on s'est laissé embarquer, on voulait voir où ça menait, et la réponse est un peu courte.

Capture d’écran (6140).png

La BO qui ne manque pas de mordant

La bande originale de Patryk Scelina est une vraie réussite. Du jazz plein de cuivres et de solos de batterie bebop qui s'emballe exactement quand il le faut, chaque niveau ayant sa propre piste. L'option d'ajouter des effets vinyle et de muffler pour accentuer le côté vintage est une touche bienvenue. Troy Baker incarne Jack Pepper avec un soin remarquable, la performance frôle la perfection, et le personnage existe pleinement grâce à elle. Un doublage de cette qualité sur un projet indépendant, ça ne va pas de soi.

Capture d’écran (6133).png

Points Forts

➤ Direction artistique sans équivalent sur le marché

➤ Sensations de tir nerveuses et gameplay FPS solide

➤ Boss fights inventifs et mémorables

➤ Bande originale jazz orchestrale de haute tenue

➤ Durée honnête pour le genre (10-14h selon votre implication)

Points Faibles

➤ Ennemis standards peu variés, routine qui s'installe en fin de jeu

➤ Conclusion narrative décevante, goût d'inachevé

➤ Doublage de Troy Baker trop professionnel pour le registre cartoon

➤ Niveaux non revisitables, pas de New Game+

➤ Difficulté globalement accessible, peu exigeante même en Supersleuth

Verdict

Mouse: P.I. For Hire est un tour de force artistique embarqué dans un boomer shooter solide mais imparfait. Fumi Games a réussi l'essentiel : créer un monde cohérent, vivant, avec une identité visuelle et sonore que rien d'autre sur le marché ne propose aujourd'hui. Le gameplay est nerveux, les boss sont une fête, et chaque niveau ressemble à une séquence de cartoon animée pour vous seul.

badge_banger.png

Ce qui retient le titre d'être tout à fait remarquable, c'est une narration qui ne tient pas ses promesses jusqu'au bout, des ennemis trop génériques pour soutenir le rythme sur la durée, et un doublage trop sage pour un univers qui méritait un peu plus de folie assumée. Il reste un jeu recommandable, à condition de savoir ce qu'on cherche : une expérience visuelle et sensorielle hors norme, pas une révolution du genre.

MOUSE: P.I. For Hire

MOUSE: P.I. For Hire

Dev Fumi Games
Éditeur PlaySide
Sortie Sorti le 16/04/2026
Plateforme Multi

Aux côtés du détective Jack Pepper, vivez une aventure rythmée par les armes à feu et le jazz dans MOUSE: P.I. For Hire, un jeu qui combine le charme d'une animation rétro dessinée à la main i...