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Test - Dead Finger Dice - le poker de dés qui ose tout, quitte à s’y brûler les doigts

Concept radical, ambiance poisseuse et idées fortes : Dead Finger Dice intrigue et frustre. On a plongé dans ce roguelike cruel pour voir s’il tient la distance au-delà du choc initial.

Avec Dead Finger Dice, Rocket Adrift Games signe un premier jeu qui avance à découvert. Le décor? un yacht de luxe, une table de jeu, une poignée de milliardaires aux silhouettes monstrueuses. Face à eux, un joueur réduit au rang de marchandise, contraint d’enchaîner les parties pour rester en vie.
Le principe repose sur un poker de dés brutal et frontal. Chaque lancer engage le corps du personnage, chaque erreur a un prix tangible. Les doigts servent de monnaie d’échange, disparaissent un à un, et transforment chaque victoire en sursis plutôt qu’en récompense. La boucle de jeu s’inscrit dans une structure roguelike classique, rythmée par des runs successifs et quelques éléments conservés entre les tentatives.
Visuellement, Dead Finger Dice adopte un noir et blanc granuleux, presque clinique, qui accentue la froideur de l’expérience. Sous cette façade minimaliste, le jeu glisse une satire grinçante de la richesse décomplexée et du divertissement comme rapport de force. Une idée forte, immédiatement lisible, dont l’impact repose autant sur l’ambiance que sur sa capacité à soutenir l’intérêt au fil des heures.

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Univers et direction artistique

Dead Finger Dice s’appuie sur un univers fermé, presque étouffant, où tout converge vers la table de jeu. Le yacht agit comme une prison dorée, figée hors du temps, avec ses couloirs étroits, ses cabines impersonnelles et cette impression constante d’être toléré plutôt qu’invité. Les adversaires incarnent une élite grotesque, caricaturale sans tomber dans le cartoon, chacun affichant une présence lourde, parfois dérangeante, qui renforce le rapport de domination au cœur de l’expérience.

La direction artistique adopte un noir et blanc très contrasté, volontairement granuleux, qui évoque autant l’imagerie des vieux écrans que certaines œuvres horrifiques minimalistes. Les visages anguleux, les animations saccadées et les interfaces austères donnent au jeu une texture presque tactile, froide, où chaque action semble peser plus lourd qu’elle ne devrait. Cette sobriété visuelle fonctionne comme un amplificateur de tension, en laissant peu de place au confort ou à la distraction.

L’ambiance sonore accompagne ce parti pris avec retenue. Les effets sont secs, précis, parfois inconfortables, tandis que la musique reste en retrait, laissant les silences et les bruitages installer un malaise diffus. L’ensemble compose une atmosphère cohérente, marquée, qui soutient efficacement le propos du jeu. Sur ce terrain, Dead Finger Dice impose une identité forte et assumée, capable de marquer durablement le joueur, même lorsque l’action se fait répétitive.

Des lancers de dés qui engagent la chair

Dead Finger Dice articule son gameplay autour d’un poker de dés aux règles immédiatement lisibles. Chaque manche s’appuie sur des lancers successifs, des relances limitées et une comparaison de combinaisons classiques. La prise en main se montre rapide, presque intuitive, et permet d’entrer dans le vif du sujet sans phase d’apprentissage pesante. Cette simplicité sert de socle à des affrontements tendus, où chaque décision conserve un poids réel.

Le système de mise est original: les doigts du personnage servent de capital, et chaque tour engage directement sa survie. Les paris montent progressivement, forçant à choisir entre prudence et prise de risque. Certaines situations encouragent le bluff, d’autres poussent à sécuriser une victoire modeste plutôt qu’à viser une combinaison parfaite. Le rythme des parties s’en trouve naturellement haché, alternant moments de contrôle et pertes soudaines.

À cette base viennent s’ajouter des dés spéciaux, fabriqués ou récupérés au fil des runs. Modificateurs de valeur, effets conditionnels ou interactions avec l’adversaire enrichissent les possibilités, sans jamais transformer radicalement la structure des duels. Ces ajouts offrent des pistes stratégiques intéressantes, mais leur impact dépend fortement du tirage et du timing, ce qui renforce la part d’imprévu.

Sur la durée, cette dépendance au hasard finit par s’imposer comme une limite. Malgré les options de personnalisation, certaines parties se jouent davantage sur une série de lancers favorables que sur une construction réfléchie. Le plaisir reste présent, porté par la tension permanente et l’enjeu immédiat, mais la sensation de maîtrise progresse lentement. Dead Finger Dice séduit par son intensité instantanée, tout en montrant ses fragilités dès que l’on cherche à s’inscrire dans le long terme.

Progression, rythme et rejouabilité

Dead Finger Dice adopte une structure de runs relativement classique, où chaque tentative recommence depuis le début après une mort. Entre deux parties, le joueur peut toutefois conserver certaines ressources, principalement liées à la fabrication de dés spéciaux. Cette progression persistante apporte un léger sentiment d’accumulation, sans bouleverser l’équilibre global des affrontements.

Le rythme du jeu repose sur une succession de duels courts, souvent intenses, entrecoupés de phases plus calmes dans la cabine du joueur. Ce va-et-vient fonctionne bien sur les premières heures, porté par la tension constante et l’envie de pousser un peu plus loin à chaque tentative. Les premières victoires donnent l’impression de mieux comprendre les mécaniques et d’optimiser ses choix.

Sur la durée, cette montée en puissance montre toutefois ses limites. Les possibilités d’évolution restent contenues, et les stratégies réellement efficaces finissent par se ressembler. Les adversaires introduisent bien quelques variations, mais la structure générale évolue peu, ce qui installe une forme de répétition. Le plaisir tient alors davantage à l’atmosphère et à l’enjeu immédiat qu’à une progression profonde.

La rejouabilité repose donc avant tout sur la capacité du joueur à accepter l’imprévu et la perte. Ceux qui apprécient les expériences courtes, tendues et cruelles y trouveront un terrain de jeu stimulant. Les amateurs de roguelikes plus riches en embranchements et en synergies risquent, eux, de ressentir une certaine lassitude après plusieurs sessions.

Technique et confort de jeu

Sur le plan technique, Dead Finger Dice fait le choix de la sobriété. L’interface se montre lisible, centrée sur l’essentiel, avec des informations toujours accessibles sans surcharge visuelle. Les combinaisons, mises et effets actifs restent faciles à suivre, même lorsque la tension monte en fin de manche. Ce dépouillement sert efficacement le rythme du jeu et limite les frictions inutiles.

Les animations s’inscrivent dans la continuité de la direction artistique : rigides, parfois abruptes, mais cohérentes avec l’ambiance générale. Les transitions entre les écrans, en revanche, peuvent finir par peser. Certaines séquences reviennent très souvent, sans option d’accélération, ce qui accentue la sensation de répétition lors des longues sessions.

La prise en main ne pose pas de difficulté particulière, que ce soit à la souris ou au clavier. Les commandes répondent bien, sans latence perceptible, et les parties s’enchaînent sans accroc technique majeur. Aucun problème de stabilité notable n’est à signaler, le jeu restant solide même après plusieurs heures consécutives.

Côté confort, l’expérience reste volontairement austère. Les options sont limitées, l’accessibilité peu développée, et certains choix de mise en scène privilégient l’impact au détriment du confort. Une approche assumée, fidèle à l’identité du jeu, mais qui peut fatiguer les joueurs sensibles aux répétitions ou à une ergonomie plus souple.

Points forts

➤ Concept original et immédiatement identifiable

➤ Univers marquant, porté par une direction artistique cohérente

➤ Tension permanente liée aux enjeux et au système de mise

➤ Prise en main rapide et règles accessibles

➤ Ambiance sonore et visuelle efficace sur les premières heures

Points faibles

➤ Progression limitée sur le long terme

➤ Dépendance importante au hasard malgré les outils de personnalisation

➤ Répétitivité des situations et des enchaînements

➤ Transitions et séquences peu variées sur la durée

➤ Peu d’options de confort et d’accessibilité

Verdict

Dead Finger Dice laisse une impression contrastée, à l’image de son concept. L’idée fonctionne, accroche immédiatement et impose une identité rare dans le paysage indépendant. L’univers, la mise en scène et la tension constante donnent envie de s’acharner, de relancer une partie malgré les pertes et la frustration. Sur ce terrain, le jeu remplit pleinement sa promesse.

Sur la durée, l’expérience montre cependant ses limites. La structure évolue peu, la progression reste contenue et le hasard conserve une place prépondérante, parfois au détriment du sentiment de maîtrise. L’intensité des premières heures s’émousse progressivement, laissant apparaître une boucle plus répétitive qu’elle n’y paraît.

Dead Finger Dice s’adresse avant tout aux joueurs curieux, sensibles aux propositions radicales et aux expériences courtes mais marquantes. Un jeu qui ose, qui dérange, et qui marque les esprits, même s’il peine à maintenir la même force sur le long terme. Une œuvre imparfaite, mais sincère, qui mérite d’être découverte pour ce qu’elle tente, autant que pour ce qu’elle réussit.

Dead Finger Dice

Dead Finger Dice

Dev Rocket Adrift Games
Éditeur Black Lantern Collective
Sortie Sorti le 24/10/2025
Plateforme PC-Windows
Genre roguelike
PEGI 16+

Dans ce jeu roguelike à base de dés, des milliardaires démoniaques assoiffés de sang vous séquestrent sur leur méga yacht et vous font participer à de sinistres parties de poker d'as...