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Resident Evil Village – L’horreur en grand format

Entre folklore gothique et action maîtrisée, Resident Evil Village élargit la formule de RE7 sans abandonner la peur. Une suite ambitieuse, parfois déséquilibrée, mais toujours marquante.

Avec Resident Evil Village, Capcom ne cherche pas à reproduire à l’identique la formule de Resident Evil 7. Le jeu s’inscrit dans sa continuité directe, mais élargit volontairement son cadre et ses ambitions. Là où RE7 misait sur le huis clos et la lente montée de l’angoisse, Village ouvre son terrain de jeu et multiplie les influences, du conte gothique au film d’horreur plus spectaculaire.
Le joueur retrouve Ethan Winters, projeté dans un village isolé dominé par une série de figures inquiétantes. Chacune incarne une facette différente de l’horreur, et impose son propre rythme. Cette structure en segments donne au jeu une variété marquée, mais modifie aussi la nature de la peur, moins uniforme, plus fragmentée.
Abordé après une première expérience en réalité virtuelle, Resident Evil Village se redécouvre ici dans sa version “plate”. Une approche qui met davantage en lumière ses choix de mise en scène, son équilibre entre horreur et action, et les concessions qu’il assume pour proposer une aventure plus ample.

Un monde plus ouvert, une peur plus diffuse

Contrairement à Resident Evil 7, Village ne s’ancre pas dans un lieu unique. Le village central sert de point de convergence, reliant plusieurs zones aux identités très marquées. Châteaux, demeures isolées, usines et territoires ouverts composent un ensemble plus vaste, pensé comme un hub à explorer et à revisiter au fil de la progression.

Cette structure éclatée modifie profondément le rythme de l’expérience. La peur n’est plus concentrée dans un espace unique, mais répartie en séquences distinctes, chacune avec ses propres codes. Certains lieux privilégient la tension et l’exploration lente, d’autres assument une approche plus directe, parfois plus proche de l’action. Le jeu gagne en variété ce qu’il perd en continuité oppressante.

Le village, en tant qu’espace central, joue un rôle essentiel. Il sert de zone de respiration, mais aussi de point de repère. Le joueur y revient régulièrement, découvre de nouveaux chemins, débloque des raccourcis, et anticipe les zones encore inaccessibles. Cette progression donne une sensation de contrôle plus marquée, qui atténue l’angoisse mais renforce le sentiment d’aventure.

En choisissant cette structure plus ouverte, Resident Evil Village propose une peur plus diffuse, moins constante, mais parfois plus surprenante. L’horreur surgit par à-coups, selon les lieux et les situations, dessinant une expérience moins étouffante que RE7, mais plus ample et plus contrastée.

Narration et figures marquantes

La narration de Resident Evil Village repose largement sur ses antagonistes. Là où Resident Evil 7 construisait sa tension autour d’un noyau familial unique, Village choisit de la fragmenter à travers plusieurs figures dominantes. Lady Dimitrescu, Heisenberg et les autres se partagent l’écran, chacun incarnant une vision différente de l’horreur.

Cette galerie de personnages donne au jeu une identité visuelle et thématique très marquée. Le ton gothique, omniprésent, puise autant dans le folklore européen que dans le cinéma d’horreur classique. Châteaux monumentaux, villages enneigés et installations industrielles composent un décor volontairement excessif, parfois proche du conte macabre.

Ces choix narratifs s’accompagnent de ruptures de ton assumées. Certaines séquences misent sur l’angoisse pure, d’autres basculent vers une approche plus spectaculaire, presque grand-guignolesque. Cette alternance entretient la surprise, mais fragmente aussi le récit. L’histoire gagne en ampleur ce qu’elle perd en cohérence, au profit d’un enchaînement de tableaux plus marquants que réellement unifiés.

Malgré ces déséquilibres, Resident Evil Village parvient à imposer ses figures centrales dans la mémoire du joueur. Lady Dimitrescu et Heisenberg dépassent leur simple rôle d’antagonistes pour devenir de véritables icônes, portées par une mise en scène forte et un univers immédiatement identifiable.

Gameplay et sensations

Avec Resident Evil Village, le gameplay s’oriente clairement vers une approche plus offensive. L’arsenal s’étoffe rapidement, les munitions deviennent plus accessibles, et les affrontements occupent une place plus importante dans la progression. Le joueur est davantage encouragé à faire face aux menaces plutôt qu’à les éviter, ce qui modifie sensiblement le ressenti général.

Cette évolution rapproche Village d’un shooter teinté d’horreur. Les sensations de tir sont plus affirmées, les ennemis plus nombreux, et certaines séquences privilégient le rythme et l’efficacité. Le système d’amélioration des armes et la gestion de l’argent renforcent cette orientation, donnant au joueur des outils pour se préparer activement aux affrontements à venir.

L’équilibre entre action et horreur reste toutefois variable selon les zones. Certaines parties renouent avec une tension plus marquée, en jouant sur la vulnérabilité et l’inconfort, tandis que d’autres assument pleinement leur dimension plus explosive. Cette alternance maintient l’intérêt, mais dilue parfois la peur, qui peine à s’installer durablement sur l’ensemble de l’aventure.

Malgré cette bascule, Resident Evil Village conserve une identité claire. L’action ne prend jamais totalement le pas sur l’horreur, mais elle redéfinit la manière dont celle-ci s’exprime. La peur devient plus ponctuelle, plus situationnelle, laissant place à une expérience plus généreuse, mais aussi moins resserrée que celle de son prédécesseur.

Level design et progression

Le level design de Resident Evil Village s’articule autour d’un hub central, le village, qui relie l’ensemble des zones principales. Cette structure encourage le backtracking, non plus comme une contrainte, mais comme un outil de progression. À mesure que le joueur débloque de nouvelles clés et capacités, des chemins auparavant inaccessibles s’ouvrent, révélant trésors, défis optionnels et raccourcis.

La variété des environnements joue un rôle clé dans le rythme du jeu. Chaque zone possède ses propres mécaniques, son atmosphère et sa manière d’aborder la tension. Cette diversité renouvelle constamment l’expérience, mais elle accentue aussi la segmentation de l’aventure. Le plaisir vient souvent de la découverte d’un nouveau lieu, parfois au détriment d’une montée en puissance plus progressive.

La progression s’appuie également sur un système d’économie plus présent. L’argent, les améliorations d’armes et la gestion de l’inventaire structurent les choix du joueur sur la durée. Cette dimension renforce l’aspect aventure et donne un sentiment d’évolution constant, tout en éloignant légèrement le jeu de la pure survie.

La version Switch 2, entre compromis techniques et redécouverte

Découvrir Resident Evil Village sur Switch 2 s’inscrit ici dans un contexte particulier. Les trois derniers épisodes de la série ont tous été parcourus exclusivement en réalité virtuelle, une expérience marquante, immersive, mais techniquement contrainte. Ce retour à une version “plate” influence nécessairement la perception visuelle et technique de Village sur la machine de Nintendo, et peut expliquer un décalage avec des joueurs habitués aux versions PS5, Series ou PC.

Techniquement, Capcom livre un portage natif ambitieux. Resident Evil Village vise une fréquence de 60 images par seconde, aussi bien en mode portable qu’en mode docké, avec une stabilité globalement convaincante. La résolution atteint jusqu’à 1440p en mode docké, avec un gain notable en netteté et en lisibilité, tandis que le mode portable affiche du 1080p natif, un point particulièrement appréciable sur l’écran de la console. Le jeu prend également en charge le HDR, renforçant les contrastes et l’atmosphère, ainsi que la visée gyroscopique, optionnelle mais pertinente pour affiner la précision.

Dans les faits, quelques variations de framerate peuvent être ressenties dans les zones les plus ouvertes ou lors de séquences chargées, mais elles restent ponctuelles et n’altèrent jamais la jouabilité. L’ensemble demeure fluide, réactif, et sensiblement plus stable que ce que l’on pouvait attendre d’un épisode aussi exigeant sur un support portable. Comparé à Resident Evil 7 sur Switch 2, Village apparaît légèrement plus gourmand, sans pour autant franchir un seuil problématique.

Visuellement, le rendu se montre particulièrement flatteur dans ce contexte précis. Sans prétendre rivaliser avec les machines les plus puissantes, l’image est propre, lisible et cohérente, au point de s’imposer ici comme la plus belle version jamais expérimentée du jeu après un parcours exclusivement VR. Un ressenti assumé, forcément subjectif, mais qui souligne la qualité globale de cette adaptation.

Proposée dans sa Gold Edition complète, avec l’ensemble des contenus additionnels inclus, cette version Switch 2 s’impose comme une déclinaison techniquement solide et étonnamment confortable. Un portage maîtrisé, qui permet de redécouvrir Resident Evil Village dans d’excellentes conditions, tout en assumant clairement ses choix et ses priorités.

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Points forts

➤ Une direction artistique gothique forte et immédiatement reconnaissable
➤ Des antagonistes marquants, portés par une mise en scène efficace
➤ Une grande variété de lieux et de situations
➤ Un gameplay plus dynamique et accessible

➤ Une progression claire, soutenue par un hub central bien pensé

Points faibles

➤ Une peur plus diffuse, moins constante que dans RE7
➤ Un équilibre horreur / action parfois instable
➤ Une narration fragmentée, portée par des tableaux inégaux
➤ Une montée en tension moins maîtrisée sur la durée

Verdict

Resident Evil Village assume pleinement sa position d’épisode de transition. Plus vaste, plus généreux et plus spectaculaire que Resident Evil 7, il élargit la formule au prix d’une horreur moins constante. La peur y est moins étouffante, mais le plaisir de jeu gagne en variété et en rythme, porté par une direction artistique forte et des figures mémorables.

Cette ambition a un coût. L’équilibre entre action et horreur n’est pas toujours maîtrisé, et la progression, morcelée en segments très distincts, empêche parfois la tension de s’installer durablement. Certaines séquences marquent durablement, d’autres s’inscrivent davantage comme des passages obligés dans une aventure plus large.

Redécouvert hors de sa version VR, Resident Evil Village confirme surtout la solidité de sa proposition. Moins resserré, mais plus généreux, il prolonge le virage amorcé par RE7 sans en retrouver totalement la puissance oppressive. Un épisode marquant, imparfait, mais essentiel pour comprendre l’évolution moderne de la série.

Resident Evil Village

Resident Evil Village

Dev Capcom
Éditeur Capcom
Sortie Sorti le 27/02/2026
Plateforme Nintendo Switch 2
Genre Horreur
PEGI 18+