Quand Resident Evil 7 est sorti, la série était à un tournant critique. Après plusieurs épisodes orientés action, parfois spectaculaires mais de plus en plus éloignés de l’horreur, Capcom devait choisir entre poursuivre cette fuite en avant ou revenir à l’essence même de la saga. Le pari était risqué. Il a pourtant redéfini Resident Evil pour les années suivantes.
Avec sa caméra subjective, son cadre resserré et son ambiance suffocante, Resident Evil 7: Biohazard tranche brutalement avec ses prédécesseurs immédiats. Le jeu abandonne les grandes fresques explosives pour un huis clos poisseux, presque intime, où la peur ne vient plus de hordes d’ennemis, mais de l’incertitude permanente et de la vulnérabilité du joueur.
Des années après sa sortie, Resident Evil 7 reste un épisode charnière. Non pas comme une simple expérimentation, mais comme un retour réfléchi à l’horreur, capable de moderniser la formule sans la renier. Reste à savoir si cette vision tient toujours la route aujourd’hui, indépendamment de son contexte de sortie.
Un virage radical pour la série
Avec Resident Evil 7, Capcom opère une rupture nette avec la trajectoire prise par la saga depuis Resident Evil 5. Fini l’action omniprésente, les affrontements en arènes et la surenchère spectaculaire. Le jeu resserre son propos autour d’un cadre unique, d’un protagoniste vulnérable et d’une mise en scène pensée pour installer l’inconfort plutôt que l’adrénaline.
Le choix de la vue subjective joue un rôle central dans ce repositionnement. Elle rapproche le joueur de l’environnement, limite la vision périphérique et renforce la sensation d’être physiquement présent dans cet espace hostile. Chaque couloir étroit, chaque porte entrouverte, chaque bruit hors champ devient une source potentielle de menace. La peur ne repose plus sur ce qui est montré, mais sur ce qui pourrait surgir.
Ce virage se traduit aussi par une approche plus lente du gameplay. Les munitions sont rares, les ennemis résistants, et l’affrontement direct n’est jamais la solution évidente. Resident Evil 7 remet au centre des préoccupations l’évitement, l’observation et la gestion du risque. Avancer devient un choix, pas une évidence.
En revenant à une horreur plus intime et plus sensorielle, le jeu ne cherche pas à copier ses aînés, mais à retrouver leur philosophie. Celle d’un survival horror où le joueur n’est jamais totalement en contrôle, et où la tension naît autant de l’environnement que des menaces qui l’habitent.
Le manoir Baker, un terrain de jeu oppressant
Le manoir des Baker constitue le cœur de Resident Evil 7. Plus qu’un simple décor, il sert de structure centrale à l’expérience, un espace fermé qui se découvre progressivement et impose son propre rythme. Chaque pièce, chaque couloir, chaque escalier devient un point de repère que le joueur apprend à connaître, parfois malgré lui.
Le level design repose sur une logique d’exploration méthodique. Les allers-retours sont fréquents, mais rarement gratuits. Une porte auparavant verrouillée s’ouvre, un raccourci apparaît, un nouvel objet modifie la lecture d’un espace déjà parcouru. Le jeu prend le temps d’installer cette familiarité, puis s’en sert pour créer l’inconfort. Ce qui était connu devient soudainement dangereux, ou simplement incertain.
La présence des membres de la famille Baker renforce cette tension. Le manoir n’est jamais totalement sûr. Certaines menaces y circulent librement, transformant l’exploration en jeu de cache-cache permanent. Le joueur doit composer avec cet environnement vivant, adapter ses déplacements, parfois rebrousser chemin ou attendre le bon moment pour progresser.
Cette conception rappelle les fondations de la série, où le décor faisait partie intégrante du danger. Le manoir Baker fonctionne comme une entité à part entière, oppressante, presque hostile, qui enferme le joueur autant physiquement que mentalement. C’est dans cet espace resserré que Resident Evil 7 trouve l’une de ses forces majeures.
Narration et mise en scène
La narration de Resident Evil 7 repose en grande partie sur la famille Baker. Dès les premières heures, le jeu installe une galerie de personnages inquiétants, à la fois grotesques et menaçants, qui incarnent le malaise ambiant du manoir. Jack, Marguerite, Lucas et Mia occupent l’espace, imposent leur présence, et participent activement à la construction de la peur, autant par leurs apparitions que par ce qu’ils suggèrent.
La mise en scène joue sur des ruptures de ton marquées. L’horreur pure côtoie parfois une forme de macabre presque théâtral, notamment à travers certaines séquences volontairement excessives. Ces variations donnent au jeu une identité particulière, mais elles créent aussi un déséquilibre. La tension constante des premières heures laisse parfois place à des moments plus démonstratifs, qui atténuent légèrement l’impact du huis clos initial.
Le rythme narratif souffre également de quelques creux. Si l’introduction et la partie centrale du jeu installent une progression solide, la dernière portion se montre plus inégale. Certaines révélations arrivent tardivement, et l’enchaînement des événements perd en subtilité au profit d’une exposition plus directe. Le mystère, longtemps entretenu, cède alors la place à des explications moins inspirées.
Malgré ces limites, Resident Evil 7 parvient à maintenir l’intérêt grâce à sa mise en scène maîtrisée et à l’impact de ses personnages. La famille Baker reste l’un des éléments les plus mémorables de l’épisode, même lorsque le scénario montre ses faiblesses. Une narration efficace dans son intention, mais qui ne parvient pas toujours à tenir la même intensité jusqu’au bout.
Gameplay et sensations
Le gameplay de Resident Evil 7 s’inscrit dans une logique de tension permanente. Les combats sont volontairement lourds, parfois maladroits, et rarement satisfaisants au sens classique du terme. Ce choix n’est pas un défaut, mais une intention claire : chaque affrontement doit être envisagé comme un risque, jamais comme une opportunité.
La gestion des ressources reste au cœur de l’expérience. Les munitions sont limitées, les soins précieux, et chaque objet consommé est une décision qui engage la suite de la progression. Le jeu pousse régulièrement à contourner les ennemis plutôt qu’à les affronter, et à économiser ses ressources pour les moments réellement critiques. Cette pression constante alimente une tension qui ne se relâche que rarement.
L’équilibre entre action et horreur est globalement bien tenu, surtout dans la première moitié du jeu. Les armes existent, mais elles n’offrent jamais un sentiment de puissance durable. Même armé, le joueur reste vulnérable, et la menace conserve son poids. Cette fragilité maintient l’angoisse et empêche Resident Evil 7 de basculer vers une formule plus orientée action.
Sur la durée, cet équilibre montre toutefois quelques fissures. Certaines séquences plus ouvertes ou plus explosives rompent avec la lenteur initiale et atténuent temporairement la peur. Le jeu ne perd jamais totalement son identité, mais il s’éloigne par moments de la tension oppressante qui faisait sa force au départ. Une évolution compréhensible, mais qui marque une rupture sensible dans le ressenti.
Un portage Switch 2 solide et pleinement assumé
Avec cette version Switch 2, Resident Evil 7: Biohazard ne se contente pas d’une adaptation de circonstance. Capcom propose un portage natif complet, pensé pour exploiter correctement la machine, et surtout livré dans sa Gold Edition, incluant l’ensemble des contenus additionnels. L’expérience est donc proposée dans sa forme la plus riche, sans fragmentation ni contenu manquant.
Sur le plan technique, le jeu affiche une stabilité globale convaincante. La fluidité se montre constante, aussi bien en mode TV qu’en mode portable, avec un framerate qui reste élevé et régulier. Cette constance joue un rôle clé dans un survival horror aussi exigeant, où la lisibilité de l’espace et la réactivité des contrôles conditionnent directement la tension ressentie.
Visuellement, le portage fait des choix mesurés. En mode docké, l’image conserve une bonne netteté et restitue efficacement les textures sales, les jeux d’ombres et l’atmosphère poisseuse du manoir Baker. En portable, le rendu apparaît légèrement plus doux, avec une résolution ajustée, mais sans jamais nuire à la compréhension des environnements ni à l’identité visuelle du jeu. L’essentiel est préservé : l’ambiance reste intacte.
La prise en main bénéficie elle aussi de cette adaptation soignée. Les contrôles répondent avec précision, les déplacements sont fluides, et la visée conserve une sensation de lourdeur maîtrisée, fidèle à l’intention originale du gameplay. Cette stabilité renforce l’immersion et limite les frustrations, en particulier lors des phases d’exploration sous pression.
Enfin, l’intégration de tous les modes et niveaux de difficulté, y compris les plus exigeants, permet d’aborder le jeu sous différents angles, que ce soit pour une première découverte ou pour une approche plus radicale du survival horror. Sur Switch 2, Resident Evil 7 s’impose ainsi comme une version complète, cohérente et techniquement crédible, capable de porter l’expérience sans la dénaturer.
Points forts
➤ Une ambiance toujours aussi efficace, fondée sur l’inconfort, la lenteur et la mise en scène
➤ Le manoir Baker, véritable colonne vertébrale du jeu, dont le level design reste exemplaire
➤ Une gestion des ressources qui maintient une tension constante
➤ Des personnages marquants, en particulier la famille Baker, qui imprime durablement l’imaginaire
➤ Une approche de l’horreur plus intime, encore très moderne dans ses intentions
➤ Une identité claire, qui a redonné une direction cohérente à la série
Points faibles
➤ Un rythme plus irrégulier dans la seconde moitié du jeu
➤ Des combats de boss inégaux, parfois trop démonstratifs
➤ Certaines séquences plus orientées action, qui diluent temporairement la tension
➤ Une narration qui perd en subtilité au fil des révélations
➤ Quelques lourdeurs dans l’enchaînement des zones finales
Verdict
Resident Evil 7: Biohazard reste un épisode clé de la série. En recentrant l’expérience sur la peur, l’inconfort et la vulnérabilité, le jeu a su remettre Resident Evil sur des rails solides après une période d’errance. Son ambiance, son level design et sa gestion de la tension conservent aujourd’hui encore un impact réel, capable de marquer durablement le joueur.
Tout n’est pas parfaitement maîtrisé. Le rythme s’essouffle par endroits, certains boss peinent à maintenir la pression instaurée dans le manoir Baker, et la dernière partie du jeu se montre moins inspirée dans sa mise en scène. Ces faiblesses n’effacent toutefois pas l’essentiel : Resident Evil 7 fonctionne avant tout comme une expérience d’horreur cohérente, pensée pour déranger plutôt que pour flatter.
Redécouvert hors de sa dimension VR, le jeu révèle surtout la solidité de ses fondations. La peur ne repose pas sur un gadget, mais sur une construction patiente, un environnement oppressant et une économie de moyens bien dosée. Un survival horror toujours pertinent, dont l’influence continue de se faire sentir dans la saga.