C'est dans ses mécaniques que Minos révèle toute son intelligence, et il ne faut pas longtemps pour s'en rendre compte. Le joueur prend place dans le rôle de l'architecte du labyrinthe : il déplace des murs, ouvre ou ferme des passages, positionne des pièges sur des cases spécifiques. L'objectif est d'empêcher les héros d'atteindre la pièce centrale où les attend leur trésor - ou leur gloire.
Mais là où le jeu surprend vraiment, c'est dans la gestion des vagues. Chaque niveau propose plusieurs assauts successifs, avec des entrées variables : le labyrinthe dispose en général de quatre portes, et chaque vague décide la ou lesquelles sera active. Une vague peut faire entrer des héros uniquement par l'entrée nord. La suivante en enverra simultanément par le nord, l'est et le sud. La troisième n'en enverra peut-être qu'un seul, mais par une entrée qu'on n'a pas eu le temps de bien sécuriser. Ce cycle permanent d'adaptation force à ne jamais se reposer sur une configuration jugée satisfaisante. Un labyrinthe efficace contre une vague peut être parfaitement inadapté à la suivante. Il faut donc modifier, déplacer, repenser en temps réel - tout en gérant les ressources disponibles.
Les pièges eux-mêmes constituent un système à part entière. Scies circulaires, arbalètes, cracheurs de feu, attaques dans le dos... la palette est large, et chaque piège peut être amélioré. Certaines améliorations permettent de créer des combinaisons dévastatrices : deux scies circulaires placées en ligne droite, par exemple, génèrent un couloir de lames entre elles. Un héros qui s'y engage en ressort rarement debout. Apprendre à chaîner ces éléments, à lire les flux d'ennemis et à anticiper leurs trajectoires est l'un des plaisirs centraux du jeu - et il ne s'épuise pas vite.
La progression roguelite s'articule autour de plusieurs ressources. L'or et les gemmes se perdent à la mort. L'expérience, elle, se conserve et permet d'investir dans un arbre d'améliorations généreux, avec une trentaine de paramètres à débloquer. Entre deux niveaux, une zone de hub permet de souffler, de récupérer quelques bonus et d'acheter de nouveaux pièges grâce à des offrandes de sang - une ressource accumulée en tuant des ennemis via les dispositifs du labyrinthe. Ce système d'offrandes, qui voit littéralement le labyrinthe se nourrir du sang de ses victimes pour s'améliorer, est aussi cohérent thématiquement qu'efficace mécaniquement.
Si les pièges ne suffisent pas et que des héros survivent jusqu'au bout, Astérion entre lui-même en scène pour les affronter en combat direct. Ce mode de jeu fonctionne comme un filet de sécurité - mais il ne pardonne pas : mourir au corps-à-corps, c'est perdre l'or et les gemmes accumulés depuis le début du run. Le risque est réel, et ce petit pic d'adrénaline au moment d'envoyer le Minotaure au front est l'un des moments les plus tendus du jeu.