Test - Agefield High: Rock the School
Agefield High assume son inspiration Bully, mais son aventure lycéenne manque encore de finition pour tenir toutes ses promesses.
Refugium Games ne s'en cache pas une seconde : Agefield High: Rock the School veut occuper la place laissée vacante par Bully depuis maintenant vingt ans. L'inspiration est assumée jusque dans les moindres recoins du pitch. Sam débarque à Agefield, petite ville américaine figée quelque part au début des années 2000, avec un seul objectif en tête pour ses camarades Kale et Axel : marquer les esprits avant la remise des diplômes. Le studio, déjà responsable du très chahuté Greyhill Incident en 2023, retente sa chance sur un terrain autrement plus exigeant. On a passé de longues heures dessus, sur PC (Acer Nitro V15, RTX 5060 8 Go), patch day one installé, pour voir ce qu'il reste de la promesse une fois la manette en mains.

Univers et narration
L'écriture d'Agefield High assume totalement son ancrage dans les teen movies potaches du début des années 2000. Les personnages pensent presque exclusivement à une chose, les dialogues carburent aux clichés d'ado en pleine poussée d'hormones, et l'humour ne fait jamais dans la dentelle. Le jeu ne prétend d'ailleurs pas viser autre chose : il recrée une époque et une génération de comédies bien précises, avec leurs excès assumés. Difficile dans ce contexte de reprocher au titre des personnages typés ou une intrigue sans grande subtilité, puisque c'est exactement la matière première du genre qu'il convoque. On aurait aimé un peu plus de mordant dans l'écriture, mais rien qui justifie de sortir l'artillerie lourde : le jeu fait ce qu'il annonce, sans prétention narrative excessive.
Gameplay
La structure du quotidien fonctionne bien et reste le meilleur argument du jeu. Un emploi du temps hebdomadaire fixe les horaires de cours, une carte affiche les points d'intérêt et les missions disponibles selon le moment de la journée, et le joueur reste libre de foncer vers l'objectif qui l'intéresse. Une fois une mission ou une activité lancée, le temps s'arrête purement et simplement, laissant tout le loisir d'accomplir les tâches demandées sans pression d'horaire. Une décision de design qui retire une bonne partie de la tension habituelle de ce genre de systèmes, mais qui a le mérite de ne jamais frustrer inutilement.
Se déplacer à pied prend vite des allures de corvée sur les longues distances. Les vélos, disséminés un peu partout en ville et récupérables dès les premières missions, deviennent rapidement indispensables. Chaque monture a son propre comportement selon la surface : un vélo de course dévore l'asphalte mais patine sur l'herbe, un VTT s'en sort mieux hors des sentiers battus. Un premier vélo personnel s'obtient tôt via une mission confiée par un commerçant et peut ensuite être stocké dans un garage, une trouvaille de gameplay qui donne un vrai sens de progression matérielle.
L'assiduité scolaire suit la même philosophie de liberté totale. Aller en cours et décrocher de bonnes notes influe sur l'argent de poche disponible, sans jamais devenir une contrainte imposée. Sécher les cours reste toujours une option, sans sanction bloquante. Un choix cohérent avec l'esprit rebelle du jeu, même s'il aplatit un peu l'enjeu du système scolaire annoncé comme argument de vente.
Les mini-jeux façon Guitar Hero des cours de musique, eux, tiennent davantage de la case à cocher que de l'attraction. Visuellement austères et mécaniquement basiques, ils remplissent leur rôle sans jamais donner envie de s'y attarder.
Technique
Une fois les réglages ajustés, Agefield High affiche un rendu correct pour un jeu à 30 euros. Sur le Nitro V15 et sa RTX 5060 8 Go, il a fallu composer avec du 900p, des graphismes réglés sur moyen et le FSR activé en mode qualité pour obtenir un résultat stable. À ce prix-là, le jeu hors cinématiques s'en sort avec les honneurs, entre modélisation soignée des environnements et lumière plutôt convaincante pour une petite structure.
Le problème, c'est que tout ne fonctionne pas en permanence. Des crashs surviennent de façon aléatoire, sans schéma identifiable, avec retour sec au bureau à la clé. À ça s'ajoutent plusieurs bugs qui cassent l'immersion : des personnages qui avancent sans la moindre animation de marche, donnant une désagréable impression de lévitation, des chutes de vélo dont l'origine reste mystérieuse la plupart du temps, symptomatiques de collisions mal maîtrisées, et des baisses de performances ponctuelles sans cause apparente. Un lancement rapide sur Legion Go S, avec les mêmes réglages que sur le Nitro V15, laisse entrevoir un framerate correct qui dépasse le plus souvent les 40FPS sans l'aide de plugin additionnel.
La bande-son pâtit du même manque de finition. Les boucles musicales s'enchaînent sans transition, ou s'interrompent carrément quelques secondes avant de repartir de zéro, un défaut suffisamment fréquent pour agacer sur la durée.
Conclusion
Verdict
Points forts
- Le système de journée libre, avec arrêt du temps pendant les missions, qui laisse toute latitude pour explorer et progresser
- Le feeling des vélos, différencié selon le modèle et le terrain, avec une vraie sensation de progression matérielle
- Une direction artistique honnête pour le budget, une fois les réglages graphiques ajustés
- Une écriture qui assume pleinement son ancrage teen movie années 2000, sans fausse prétention
Points faibles
- Des crashs aléatoires réguliers, sans cause identifiable
- Des bugs de collision et d'animation qui cassent l'immersion (personnages qui lévitent, chutes de vélo incompréhensibles)
- Une bande-son mal gérée, avec des boucles qui se coupent ou s'enchaînent sans transition
- Des mini-jeux de musique trop basiques pour retenir l'attention
- Un manque général de polish qui dessert des idées pourtant solides
Agefield High: Rock the School part d'une base saine : un système de journée libre bien pensé, une liberté de mouvement à vélo agréable, une écriture qui sait ce qu'elle raconte et l'assume sans détour. Mais l'exécution ne suit pas toujours, entre crashs imprévisibles, bugs d'animation récurrents et une gestion sonore qui manque cruellement de finition. Le jeu a de bonnes idées, mais il lui manque un vrai passage de polish pour embarquer sereinement dans l'aventure qu'il propose.

A propos du studio
Refugium Games est un studio indépendant né du travail d'un développeur solo, avant de s'étoffer progressivement en équipe. Après un premier projet centré sur les récits d'enlèvements extraterrestres avec Greyhill Incident en 2023, puis Vacant's Mine, le studio s'est attaqué avec Agefield High: Rock the School à son projet le plus ambitieux à ce jour : un monde ouvert consacré à la vie lycéenne et à la rébellion adolescente, porté par une équipe encore modeste au regard des attentes suscitées par le genre.