Parodie, oui. Mais avec de la tenue.
Less Miserables impose une identité très nette. Le jeu mise sur une parodie vive et volontiers théâtrale, qui détourne Les Misérables avec un vrai sens du rythme. L'écriture a de la tenue, les échanges ont du relief, et cette première demi-heure enchaîne les scènes avec assez d'assurance pour donner envie de voir jusqu'où le studio peut pousser sa formule.
Ce qui fonctionne, c'est que la parodie ne se contente pas d'être un gag de départ. Le studio s'amuse avec les figures attendues, pousse certains traits, détourne les situations connues, mais sans jamais casser le plaisir de progression. L'humour est british dans l'âme, pince-sans-rire, décalé, parfois franchement absurde, et il colle remarquablement bien à l'univers misérabiliste de base. La misère et le burlesque font étrangement bon ménage.
Une direction artistique qui assume son parti pris
Le coup de crayon de College Fun Games ne ressemble pas à grand-chose de ce qui tourne actuellement dans le genre. Les personnages sont dessinés avec une vraie générosité caricaturale - Claude Van Claude courbé sous le poids de ses chaînes, le juge qui dégouline de mauvaise foi derrière son bureau à chandelles, l'inspecteur planté sous la pluie avec sa tête de carême permanent. Chaque figure a une silhouette immédiatement lisible, une expressivité qui n'a pas besoin de dialogue pour exister. Les décors nocturnes jouent sur des bleus profonds et des éclairages très construits, le cimetière sous l'orage, l'église dont la lumière perce à travers les nuages, avec un soin de mise en scène qui surprend pour un premier projet de cette envergure. On n'est pas face à une illustration statique habillée en jeu: chaque plan a été pensé comme une scène, avec ses plans, ses contrastes et ses personnages qui occupent vraiment l'espace. C'est du travail d'animateur, et l'écran nous le renvoie direct!
Si les yeux ont de quoi se satisfaire, les oreilles ne sont pas en reste. Le doublage est une vraie réussite. Les voix semblent avoir parfaitement intégré le ton à servir: les répliques respirent, les intonations appuient les bons effets, et cette petite musique très british dans la façon de jouer les scènes apporte beaucoup de charme à l'ensemble. Dans un point-and-click, le doublage peut faire ou défaire l'atmosphère. Ici, il la construit activement.
Des énigmes logiques, comme on les aime
La démo fait un choix intelligent du côté des puzzles. Elle rappelle ce que les bons point-and-click savent faire quand ils restent lisibles : observer, fouiller, tester, relier des objets et comprendre la logique des lieux. Un exemple résume bien l'approche. Pour récupérer de l'eau, le joueur doit d'abord trouver un seau, il en trouve un... troué. Rester dans l'auberge ne mène nulle part. En explorant le jardin de l'église, un second seau troué apparaît. On combine les deux, on revient au cours d'eau, et ça fonctionne. Ni simpliste, ni tiré par les cheveux.
Beaucoup de jeux du genre aiment encore confondre difficulté et logique tordue. Less Miserables semble éviter soigneusement ce piège. La progression reste naturelle, et les solutions tiennent toujours à une attention portée à l'environnement plutôt qu'à une illumination improbable. Pour une démo, c'est déjà un signal très positif.
Technique : rien à signaler, et c'est bien
La démo a été testée sur Steam Deck et sur PC avec une RTX 3050. Dans les deux cas, le jeu tourne sans le moindre accroc, animations fluides, mise en scène lisible, aucun problème de performance. Les configurations requises affichées sur Steam sont très légères, et ça se ressent. Le jeu se joue intégralement à la souris, sans que le clavier n'ait jamais son mot à dire.
Les reproches...
Cette démo propose un Acte 1 assez complet, on peut remarquer qu'il manque encore quelques animations contextuelles, mais l'équipe de College Fun Games a encore un peu de temps car si le seul vrai reproche à adresser à cette démo est finalement sa durée (en prenant le temps de fouiller les décors et de profiter des dialogues, l'Acte 1 se boucle en une trentaine de minutes), l"attente risque d'être longue!
La démo est suffisante pour saisir la proposition, mais trop courte pour vraiment s'en rassasier. Le jeu réussit à installer son ton, son monde et son rythme, et puis il s'arrête. On en sort avec l'envie franche d'en voir plus, et la sortie du jeu complet n'est pas prévue avant le premier trimestre 2027.
Verdict provisoire et Kickstarter !
Less Miserables signe une entrée en scène très convaincante. Cette démo courte mais bien construite montre un point-and-click qui comprend son héritage sans s'y enfermer. Humour british assumé, écriture vive, doublage soigné, puzzles bien calibrés : les bases sont saines et le projet a clairement de l'ambition. Pour aller au bout de cette ambition, College Fun Games ouvre une campagne Kickstarter le 2 avril, une étape logique pour un studio de quatre personnes qui fabrique son jeu à la main, sans filet. Si le financement suit et que le jeu complet maintient ce niveau de tenue sur la durée, on pourrait bien tenir l'une des jolies surprises narratives de 2027.