Imaginez Crypt of the Necrodancer et Devil May Cry qui se retrouvent dans un bar après un concert. Ils boivent quelques verres, ils refont le monde, et au petit matin, Alpha Nomos pointe le bout de son nez. C’est exactement la promesse qu’affiche RibCage Games, un studio indépendant qui n’a pas froid aux yeux en citant Hi-Fi Rush comme référence directe, tout en affirmant vouloir aller plus loin. Si on pourrait croire que cette déclaration ressemble à du name-dropping risqué, la démo presse donne des arguments sérieux pour y croire.
Cello et l’énigme de la musique
On incarne Cello, un personnage embarqué dans l’exploration d’un monde en ruines peuplé de marionnettes meurtrières. L’intrigue tourne autour d’une force mystérieuse appelée la musique, pas juste une toile de fond thématique, mais le vrai moteur narratif du jeu. Qu’est-ce que l’Alpha Nomos ? Pourquoi ce monde s’est-il effondré ? Les réponses se font désirer, et c’est plutôt bien joué pour une démo.
Visuellement, le titre assume un style 3D fantasy au rendu shading qui évoque une sorte de PS2 HD, des personnages au nombre de polygones modeste, mais avec une direction artistique qui leur donne une vraie personnalité. Les animations sont propres, les ennemis variés, et ce premier environnement porte suffisamment de soin pour donner envie d’en voir davantage.
Le SaXword et l’art du bon timing
L’arme disponible dans la démo, c’est le SaXword, une épée-saxophone, parce que pourquoi pas. Chaque coup porté au bon moment dans le tempo de la musique se transforme en note jouée par l’instrument. L’idée est belle : en enchaînant des attaques parfaites, on est censé composer une mélodie en temps réel, transformer le combat en performance musicale.
Et pour y arriver, le jeu ne vous jette pas dans le vide. Un tutoriel solide et bien conçu pose les bases sans jamais se montrer condescendant. Des aides visuelles, sous forme de courbes qui indiquent si l’input était parfait, en avance ou en retard, permettent de comprendre rapidement la logique du système. La différence de dégâts entre un coup dans le mille et un coup raté est immédiate et visible, les chiffres s’affichent à l’écran, et on voit distinctement que jouer proprement paie.
Mieux encore : Alpha Nomos ne force pas tout le monde dans le même moule. Un curseur de configuration permet d’ajuster le comportement du jeu entre deux extrêmes, full jeu de rythme pour les puristes, ou mode action où le tempo devient une suggestion plutôt qu’une contrainte. Une décision bienvenue qui élargit l’audience sans trahir le concept.
Un saxo pour la baston !
Emil Lager, cofondateur du studio, aime comparer son système de combat à l’apprentissage d’un instrument de musique : on assimile les règles pour mieux les transgresser ensuite. C’est une belle façon de décrire quelque chose qu’on ressent effectivement en jouant. Les combos ne se livrent pas tous d’un coup, on expérimente, on rate, on découvre de nouvelles combinaisons au fil des runs. La partition supplémentaire récupérée en cours de partie laisse entrevoir une profondeur de build qui, pour l’instant, reste encore en grande partie voilée dans cette démo.
Comptez environ trois heures pour explorer l’intégralité du contenu disponible, tutoriel compris, avec plusieurs passages dans l’unique environnement proposé. Un format roguelike oblige à recommencer après chaque échec, ce qui s’intègre naturellement à la logique de progression et d’amélioration du jeu.
Une partition encore à polir
Lors de notre session sur Legion Go S, on a constaté un décalage perceptible entre les inputs, les impacts et les notes produites par le SaXword. Au lieu d’une mélodie fluide qui naît des combats, on récupère parfois des bribes sonores décousues, des notes qui arrivent en retard ou qui se coupent. L’effet d’instrument vivant que le jeu promet ne fonctionne pas encore pleinement.
Les performances sont globalement stables à 60 FPS sur cette configuration, mais des chutes de framerate inexplicables surviennent dans certaines zones, pas forcément les plus chargées graphiquement, et peuvent descendre sous les 30 images par seconde. Rien de rédhibitoire pour une démo, mais des points à surveiller d’ici la sortie.
Résultat : on se retrouve à jouer de façon plus satisfaisante en mode action qu’en mode rythme. C’est une légère ironie pour un titre qui se présente avant tout comme un jeu musical. La bande-son d’ambiance elle-même semble attendre d’être enrichie par les attaques du joueur pour vraiment exister, sans ce feedback sonore propre, elle reste un peu en retrait.
Verdict preview
Alpha Nomos a une proposition intéréssante: le mélange hack and slash / rythme / roguelike tient la route dans ses fondations, le tutoriel est exemplaire, l’accessibilité est pensée pour tout le monde, et la profondeur du système de combat promet de belles heures d’exploration pour les joueurs qui veulent creuser. Ce qui coince, c’est que la proposition centrale, jouer de la musique avec son saxo, n’est pas encore aussi convaincante à l’oreille qu’elle l’est sur le papier. RibCage Games a quelques semaines pour accorder leur instrument avant la sortie en mars. On leur fait confiance pour y arriver.