Test Maestro – De la Switch 2 à la VR, puis retour au pupitre

Parti d'une démo Switch 2, Maestro nous a envoyés en VR avant de nous ramener sur Nintendo. Deux versions différentes, un même plaisir de diriger.

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À l'origine, ce test devait être beaucoup plus simple. Une version Nintendo Switch 2 de Maestro, une démo convaincante, une clé demandée suffisamment tôt et quelques jours pour voir comment le jeu de Double Jack adaptait sur écran un concept jusque-là intimement associé à la réalité virtuelle. Seulement voilà : après avoir essayé cette démo, une idée s'est rapidement imposée. Si diriger cet orchestre avec deux Joy-Con fonctionnait déjà aussi bien, qu'est-ce que cela pouvait donner une fois réellement placé devant les musiciens ?

Plutôt que d'attendre, nous sommes donc partis chercher la réponse nous-mêmes. Un Meta Quest 3 plus tard, Maestro tournait également sur SteamVR et en autonome, avec suffisamment de temps pour parcourir la majorité du répertoire de base et le DLC gratuit La Crème de la Crème. La clé Switch 2 est finalement arrivée le jour de la levée de l'embargo. Trop tard pour découvrir le jeu avec cette version, mais exactement au bon moment pour comprendre ce qu'elle faisait différemment.

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VR

Quand une démo donne envie d'acheter un casque VR

Maestro part d'un concept que l'on comprend en quelques secondes. Une main tient la baguette et donne le tempo, l'autre appelle les différents pupitres, accompagne certaines nuances, déclenche des entrées ou maintient une note avant de couper l'orchestre. Les partitions défilent devant nous et indiquent progressivement les gestes à effectuer.

Sur Switch 2, les Joy-Con 2 sont calibrés face à l'écran avant chaque morceau et leurs mouvements sont ensuite reproduits dans le jeu. En VR, la logique reste pratiquement identique, avec en prime la possibilité de se passer complètement de contrôleurs grâce au suivi des mains. Une option impressionnante techniquement, même si nous avons rapidement préféré conserver quelque chose entre les doigts. Vieille habitude de joueur, peut-être, mais tenir un contrôleur pour remplacer la baguette nous semblait simplement plus naturel.

La vraie différence n'apparaît pourtant pas au bout des mains. Elle arrive au premier mouvement de tête.

Avec un casque VR, les musiciens ne sont plus contenus dans un téléviseur. Les pupitres s'étendent devant nous, certains occupent les côtés de la scène et la salle existe désormais derrière notre dos. Le relief fait énormément pour l'illusion. Il suffit de regarder autour de soi pour prendre conscience que nous ne sommes plus devant l'orchestre : nous sommes au milieu de la représentation.

Le rythme laisse progressivement place à la direction

Les premiers niveaux de difficulté permettent d'assimiler tranquillement les gestes et dévoilent assez clairement la structure du jeu de rythme. Une indication apparaît, nous l'exécutons au bon moment et la performance continue. C'est efficace, accessible et suffisamment précis pour comprendre rapidement les fondamentaux.

Le mode difficile change sensiblement la perception. Le nombre d'actions augmente, les entrées s'enchaînent plus rapidement et il faut conserver le tempo tout en préparant le mouvement suivant. Pourtant, plutôt que de donner l'impression d'une partition artificiellement surchargée, Maestro conserve une cohérence remarquable entre la musique entendue et ce qu'il demande de faire.

C'est probablement là que le titre devient réellement intéressant. Après quelques morceaux, on ne cherche plus seulement à reproduire des symboles. Le mouvement accompagne naturellement la montée de l'orchestre, le bras s'élargit avec la musique et le corps commence lui aussi à suivre le rythme. Debout, avec davantage d'amplitude, l'effet est encore plus évident.

Le mode difficile nous semble d'ailleurs constituer le meilleur équilibre entre plaisir et challenge une fois les bases assimilées. L'Extrême pousse évidemment beaucoup plus loin l'exercice et peut rapidement faire transpirer, sans abandonner cette logique gestuelle. Nous ne sommes pas chefs d'orchestre, mais l'illusion suffit largement pour que chaque mouvement paraisse avoir une raison musicale.

La VR ajoute l'espace à la difficulté

C'est aussi à ce niveau que les différences entre VR et Switch 2 deviennent beaucoup plus intéressantes qu'une simple question d'immersion.

Dans le casque, les indications peuvent apparaître sur une très large portion de notre champ de vision. Il arrive alors qu'un pupitre situé d'un côté réclame notre attention pendant que la baguette doit continuer à donner le tempo à des musiciens placés ailleurs. Il faut regarder, anticiper, déplacer son attention et parfois surveiller la périphérie pour ne pas manquer une entrée.

La précision est bonne, parfois même exigeante. Certains crescendos ou decrescendos réclament un mouvement suffisamment clair et les icônes permettant de déclencher une entrée doivent être correctement ciblées. Même démarrer une partition peut occasionnellement demander un deuxième geste si le premier n'a pas été compris.

Nous avons pourtant davantage considéré ces situations comme des exigences à assimiler que comme de véritables défauts. Maestro demande une certaine propreté dans les mouvements et sanctionne l'approximation. À mesure que les morceaux deviennent familiers, ces ratés diminuent et le sentiment de progression passe autant par notre gestuelle que par les déblocages du jeu.

Switch 2 reprend le contrôle de la scène

Revenir ensuite sur Switch 2 produit un résultat assez surprenant. L'immersion disparaît forcément, mais plusieurs contraintes propres à la VR disparaissent avec elle.

La caméra sait exactement ce que le joueur peut voir. Elle pivote automatiquement vers les groupes de musiciens concernés et conserve les événements importants dans l'espace affiché à l'écran. Là où un débutant peut manquer une indication située très loin sur le côté en VR, la version Switch 2 organise elle-même la scène pour éviter ce problème.

La reconnaissance de mouvement nous a également semblé particulièrement propre. Les petites hésitations rencontrées avec certains gestes dans le casque sont beaucoup plus rares ici. Une fois les Joy-Con calibrés, Maestro interprète rapidement ce que l'on cherche à faire et permet de se concentrer davantage sur la musique.

Cela rend plusieurs morceaux légèrement plus faciles lorsqu'on les découvre, non pas parce que leurs partitions ont perdu leur intérêt, mais parce que l'information arrive dans un espace beaucoup plus contrôlé. La Switch 2 accompagne davantage le regard là où la VR oblige à surveiller réellement son environnement.

Et c'est précisément pourquoi nous aurions du mal à présenter cette adaptation comme une version inférieure. Elle échange une partie de la présence physique contre de la lisibilité et de l'immédiateté. Pour apprendre un morceau ou simplement jouer quelques chansons devant le téléviseur, le compromis fonctionne remarquablement bien.

Un répertoire qui sait parler aux non-initiés

Maestro n'exige heureusement pas d'être amateur de musique classique pour reconnaître ce qu'il joue. Carmina Burana, Le Lac des cygnes ou l'Hymne à la joie appartiennent à cette catégorie de compositions que beaucoup connaissent sans nécessairement pouvoir leur donner un nom.

D'autres morceaux produisent cet étrange sentiment de reconnaissance lorsqu'un passage familier apparaît au milieu d'une œuvre que l'on découvre presque entièrement. Quelques pistes seront au contraire de vraies découvertes. Le répertoire navigue entre classique, opéra et jazz avec suffisamment de variété pour éviter l'impression d'enchaîner éternellement le même type de représentation.

Les contenus additionnels élargissent encore considérablement cette palette avec des thèmes issus notamment de Star Wars, Harry Potter, Game of Thrones, Pirates des Caraïbes, Le Seigneur des Anneaux ou L'Attaque des Titans.

Nous avons également parcouru La Crème de la Crème sur la version VR. Cette mise à jour gratuite ajoute cinq compositions réclamées par la communauté : le Toreador de Carmen, le Dies Irae du Requiem de Mozart, l'Hymne à la joie, Mars de Gustav Holst et la Danse hongroise n°5 de Brahms, accompagnés de nouveaux éléments cosmétiques.

La musique comme meilleur indicateur

L'interface ne constitue finalement qu'une partie du retour donné au joueur. Le meilleur indicateur reste l'orchestre lui-même.

Une série de mauvais gestes détériore progressivement la prestation. Les erreurs commencent à s'entendre, l'ensemble perd sa cohérence et accumuler les catastrophes peut finir par interrompre complètement le concert. À l'inverse, lorsque tout s'enchaîne correctement, la musique devient presque sa propre récompense.

Les enregistrements bénéficient globalement d'un soin évident. Une ou deux pistes peuvent paraître légèrement moins naturelles que les autres, mais l'ensemble reste convaincant et joue énormément dans la sensation de présence, particulièrement avec un casque VR.

Chaque performance se termine par une notation allant jusqu'à cinq notes. La version Switch 2 prend d'ailleurs davantage le temps de montrer comment le résultat a été constitué avant d'afficher l'évaluation finale, là où la présentation VR nous a semblé plus opaque.

Un contenu qui ne perd pas de temps

Après le tutoriel, Maestro laisse rapidement le joueur choisir ses morceaux et son niveau de difficulté. Pas de campagne artificiellement étirée pour justifier la progression : on joue, on améliore ses performances et de nouveaux éléments arrivent progressivement.

Décors de scène, apparence des gants, musiciens ou baguettes permettent de personnaliser les représentations. De nouvelles compositions rejoignent également le répertoire au fil de la progression.

La Switch 2 donne immédiatement accès à l'Extrême, tandis que notre progression VR ne nous avait pas encore permis de le débloquer au moment du test. Difficile toutefois d'y voir un défaut du jeu : entre la version autonome, SteamVR et maintenant la Switch 2, nous avons simplement fini par manquer de temps avant la sortie.

Nos sessions VR ont généralement tourné autour de 45 minutes à une heure. Maestro se prête assez bien à ce format. Il ne provoque pas particulièrement de fatigue liée au déplacement puisqu'on reste sur place, mais il donne rapidement envie de se lever pour libérer les bras. À partir de là, l'exercice devient naturellement plus physique.

Trois versions sans véritable problème technique

Sur Meta Quest 3 en autonome comme sur notre Acer Nitro V 15 via SteamVR, Maestro tourne sans difficulté particulière. Il peut arriver que l'animation perde brièvement en fluidité lorsque l'ensemble des musiciens prend place, mais ces petites baisses restent anecdotiques et n'affectent pas la prestation.

Même constat sur Switch 2. L'image est propre, la reconnaissance des mouvements répond correctement et nous n'avons rencontré aucun problème suffisamment important pour perturber une partie.

Le choix entre les supports ne repose donc pas sur celui qui parvient à faire fonctionner correctement Maestro. Tous le font. Ce sont véritablement leur manière de présenter l'espace et d'interpréter nos mouvements qui créent deux expériences différentes.

Conclusion

Verdict

8.5/10Note finale

Points forts

  • Une gestuelle remarquablement cohérente avec la musique
  • Le mode difficile trouve un excellent équilibre entre challenge et plaisir
  • Une immersion particulièrement réussie en VR
  • Une version Switch 2 plus lisible et immédiatement accessible
  • Une reconnaissance de mouvement globalement très précise
  • Un répertoire capable de parler aux amateurs comme aux profanes
  • Des arrangements et une ambiance sonore très soignés
  • Une progression simple qui laisse rapidement jouer comme on l'entend
  • De nombreux éléments cosmétiques à débloquer
  • Des DLC qui élargissent fortement les styles abordés

Points faibles

  • Quelques gestes plus capricieux en VR lorsqu'ils réclament une grande précision
  • Certaines indications peuvent être difficiles à surveiller simultanément dans le casque
  • Le calcul du score manque de clarté sur la version VR
  • Quelques très rares baisses de fluidité lors de l'installation de l'orchestre

Nous pensions initialement que ce test aurait une conclusion évidente. Après la démo Switch 2, la VR semblait être le support naturel de Maestro et notre passage sur Quest 3 n'a fait que confirmer à quel point le concept profite de l'immersion. Regarder autour de soi, surveiller les différents pupitres et finir par engager tout son corps dans la direction donne au jeu une dimension difficile à reproduire sur un écran.

Et pourtant, la Switch 2 ne ressort pas perdante de la comparaison. Son cadrage automatique, sa reconnaissance des gestes très propre et sa meilleure maîtrise de l'information à l'écran rendent Maestro plus lisible et parfois plus agréable lorsqu'on découvre une partition. Elle abandonne une partie du spectacle personnel de la VR, mais récupère en confort ce qu'elle perd en présence.

Si nous ne pouvions conserver qu'une seule version, notre préférence personnelle irait vers la VR, pas parce que la Switch 2 serait moins réussie, mais parce que se retourner après un concert pour regarder le public applaudir appartient directement à ce qui nous a fait aimer Maestro.

Pour autant, les deux versions arrivent au même endroit par des chemins différents.

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A propos du studio

Double Jack est un studio français à l'origine de Maestro, d'abord conçu autour de la réalité virtuelle avant son adaptation sur consoles. Avec ce jeu de rythme centré sur la direction d'orchestre, l'équipe a construit un système gestuel suffisamment solide pour fonctionner aussi bien dans un casque qu'avec les commandes par mouvements d'une console.