Test - Brazilian Drug Dealer Before 4 : génie ou gabegie ? On a testé le chaos brésilien
Brazilian Drug Dealer Before 4 agresse les yeux et les oreilles avant de révéler un boomer shooter bien plus travaillé qu'il n'en a l'air.
Il y a des jeux dont quelques secondes suffisent pour comprendre la proposition. Brazilian Drug Dealer Before 4 demande plutôt quelques niveaux, beaucoup de tolérance et probablement une légère remise en question de ses propres critères esthétiques. Notre première rencontre a été brutale : couleurs criardes, textures improbables, musique électronique lancée à pleine vitesse et personnages dont nous ne possédions absolument pas les références.
Le plus troublant arrive ensuite. Nous avons continué. Un niveau, puis un autre, jusqu'à terminer la campagne sans réellement voir le temps passer. Derrière ce qui ressemble initialement à une gigantesque plaisanterie développée sous fièvre se trouve un FPS rapide, fluide et étonnamment réfléchi. Après plusieurs heures, une question nous accompagnait toujours : Joeveno est-il un génie ou le roi de la gabegie ?
Bienvenue quelque part au Brésil
Le titre complet donne déjà une bonne idée du programme : BRAZILIAN DRUG DEALER BEFORE 4: DEMONS FROM THE PORTAL TO HELL I OPENED ARE STILL IN THE FAVELA AND NOW I HAVE TO SAVE MAMADAS FROM RONALDO. Oui, tout cela tient sur une seule boîte Steam. Le jeu poursuit Brazilian Drug Dealer 3 et nous envoie notamment à travers Rio de Janeiro, São Paulo, Salvador, l'Enfer et même le Paradis.
Pour quelqu'un qui débarque dans la série, l'accueil est assez radical. Nous n'avions pas joué aux épisodes précédents et le jeu ne nous a pratiquement rien donné pour comprendre pourquoi nous étions là. Le premier niveau sert surtout à prendre en main les déplacements, le double saut et le dash avant de nous envoyer vers la suite.
Le scénario s'est donc rapidement transformé chez nous en prétexte pour découvrir le prochain niveau et la prochaine absurdité. Une bonne partie de l'humour, des personnages et des références à la culture Internet brésilienne nous échappe également. Ce regard extérieur participe forcément à cette première impression de gigantesque bordel désorganisé.
Une agression visuelle en bonne et due forme
Brazilian Drug Dealer Before 4 est difficile à décrire avec les critères graphiques habituels. Ses environnements sont entièrement en 3D, mais leurs textures criardes évoquent parfois ces vieilles animations et images de synthèse que l'on pouvait croiser sur un PC sous Windows 95. Des personnages détourés, des objets improbables et des couleurs particulièrement vives viennent compléter le tableau.
Les premières minutes peuvent provoquer un rejet immédiat. Pourtant, après plusieurs niveaux, l'œil finit curieusement par accepter cet univers. Une cohérence apparaît derrière cette accumulation et le jeu commence progressivement à ressembler moins à un accident graphique qu'à un choix esthétique parfaitement assumé.
Cette apparence chaotique cache surtout une qualité essentielle : les niveaux restent lisibles. Nous avons rarement hésité longtemps sur la direction à prendre et les objectifs se comprennent généralement en avançant. Le contraste entre une esthétique volontairement agressive et une construction finalement assez propre constitue l'un des premiers indices montrant que Joeveno sait davantage ce qu'il fait qu'il ne veut bien le laisser croire.
Un vrai travail derrière les niveaux
La campagne aligne 18 cartes, auxquelles viennent s'ajouter sept maps destinées au mode Horde et six au Deathmatch. Les environnements de la campagne se renouvellent suffisamment pour éviter l'impression d'une succession de salles assemblées rapidement. Leur architecture évolue également avec les capacités que le jeu nous apprend à utiliser.
Certains passages empruntent aux vieux FPS leurs couloirs, leurs clés et leurs petites énigmes, avant de déboucher sur des espaces beaucoup plus ouverts. La verticalité prend progressivement de l'importance et les séquences de plateforme exploitent le double saut et le dash. Des secrets demandent également de maîtriser ces mouvements, voire le rocket jump.
Cette progression nous a probablement fait changer d'avis sur le jeu. Les premiers niveaux apprennent les bases, puis Brazilian Drug Dealer Before 4 commence à demander davantage de précision et introduit régulièrement de nouvelles situations. Quelques boss viennent ponctuer l'aventure et apporter des pics de difficulté sans casser son rythme.
Courir avant de réfléchir
Le déplacement constitue l'une de ses grandes réussites. Brazilian Drug Dealer Before 4 répond immédiatement et conserve une excellente fluidité même lorsque l'écran commence à se remplir. Dash et double saut permettent de traverser rapidement les arènes et donnent aux affrontements un rythme particulièrement nerveux.
La visée peut être ajustée pour offrir davantage de précision, mais le réglage par défaut reste très permissif. Pointer son arme dans la direction générale d'un adversaire suffit souvent pour toucher sa cible. Ce choix accompagne parfaitement un jeu qui préfère nous voir courir, sauter et tirer plutôt que ralentir pour aligner méticuleusement chaque ennemi.
L'influence des anciens FPS et des mods construits autour de leurs moteurs se ressent constamment. Brazilian Drug Dealer Before 4 utilise d'ailleurs l'id Tech 2, mais ne ressemble jamais à une simple démonstration nostalgique. Son mouvement moderne et sa vitesse lui donnent un rythme beaucoup plus contemporain.
Une tong et treize façons de régler un problème
L'arsenal compte treize armes et reprend plusieurs fonctions immédiatement reconnaissables pour les habitués du genre, avant de les habiller avec l'imagination particulière de son créateur. Une tong côtoie ainsi un lance-flammes alimenté au chimarrão, une arme projetant de la feijoada ou encore des billets transformés en avions de papier capables d'attaquer les ennemis.
L'absurdité de leur apparence pourrait facilement réduire ces armes à des gags. Elles conservent pourtant des fonctions suffisamment distinctes pour accompagner les différentes situations rencontrées. Certaines disposent également de variantes améliorées et la mobilité permet d'exploiter l'arsenal sans interrompre le rythme des combats.
C'est probablement là que le jeu dévoile le mieux sa véritable nature. Retirez mentalement les textures criardes, les références brésiliennes et les armes conçues comme des blagues, il reste un boomer shooter solide. Les tirs répondent bien, les déplacements sont rapides et les niveaux savent régulièrement créer de petites situations intéressantes autour de ces mécaniques.
Et puis il y a la musique
Si les graphismes constituent la première épreuve, la bande-son termine le travail. Musiques électroniques lancées à une vitesse folle, reprises ou détournements de morceaux classiques et de jeux vidéo, fragments de paroles répétés en boucle : Brazilian Drug Dealer Before 4 ne préserve ni le joueur ni son entourage.
Certaines boucles deviennent franchement fatigantes. Elles peuvent tourner suffisamment longtemps pour continuer à résonner dans la tête après avoir quitté le jeu. La fin d'une session procure parfois cette étrange sensation de plénitude qui accompagne soudainement le retour au silence.
Et pourtant, nous ne voudrions probablement pas d'une bande-son plus conventionnelle. Après avoir accepté l'identité visuelle du jeu, cette frénésie musicale finit par paraître parfaitement cohérente avec ce qui se déroule à l'écran. Elle participe autant à son caractère que ses textures et ses personnages absurdes.
Le développeur solo derrière le chaos
Savoir que Brazilian Drug Dealer Before 4 est essentiellement l'œuvre d'un seul développeur change également la manière de regarder certaines de ses limites. Joeveno n'a manifestement pas consacré ses ressources à fabriquer des textures sophistiquées ou à rechercher une quelconque cohérence graphique traditionnelle.
Son travail apparaît ailleurs. Il se trouve dans la fluidité des déplacements, la construction des niveaux, leur renouvellement et cette courbe qui nous pousse progressivement à mieux exploiter nos capacités. Ce sont précisément les éléments qui permettent au jeu de dépasser son statut de curiosité Internet.
La réalisation ne demande d'ailleurs pratiquement rien aux machines actuelles. Nous avons joué aussi bien sur un PC équipé d'une RTX 3050 que sur Legion Go S sans rencontrer de difficulté particulière. Les performances sont suffisamment solides pour que la technique disparaisse rapidement des préoccupations.
Il faut accepter de dépasser les premiers niveaux
Brazilian Drug Dealer Before 4 restera très facile à détester. Un joueur attaché aux productions visuellement sophistiquées, aux environnements réalistes ou aux grandes bandes originales orchestrales risque de déposer sa manette avant même que le jeu ait eu le temps de montrer ses qualités.
Les amateurs de boomer shooters, de jeux rétro et de productions indépendantes étranges ont davantage de raisons de lui laisser sa chance. Son action est immédiate, les niveaux s'enchaînent rapidement et la campagne possède cette qualité dangereuse qui pousse à lancer une nouvelle map simplement pour découvrir la prochaine idée du développeur.
Notre perception a d'ailleurs beaucoup évolué pendant les premiers niveaux. L'incompréhension initiale a progressivement laissé place à la curiosité, puis à une véritable envie de découvrir la suite. À partir de là, les textures ne semblaient plus aussi problématiques et la musique faisait presque naturellement partie du voyage.
Conclusion
Verdict
Points forts
- Un gameplay rapide et immédiatement efficace
- Des déplacements très fluides avec dash et double saut
- Un level design bien plus travaillé que son apparence ne le laisse penser
- Une vraie progression dans la construction des niveaux
- Des environnements suffisamment variés tout au long de la campagne
- Un arsenal complètement absurde mais fonctionnel
- Une identité visuelle et sonore impossible à confondre avec une autre
- Une réalisation très légère qui tourne parfaitement sur des machines modestes
Points faibles
- Une direction artistique qui peut provoquer un rejet immédiat
- Une bande-son volontairement agressive et parfois épuisante
- Beaucoup de références difficiles à saisir sans connaître la culture brésilienne
- Une histoire pratiquement incompréhensible pour un nouveau venu
- Les premières maps demandent un véritable effort avant d'entrer dans le délire
Génie ou Gabegie?
La réponse est finalement moins compliquée qu'elle ne semblait au départ. Brazilian Drug Dealer Before 4 ressemble à un jeu mal foutu, mais il ne joue jamais comme tel. Sa construction révèle au contraire beaucoup de travail dans les domaines qui comptent le plus pour un FPS : mouvement, rythme et level design.
Cette maîtrise rend son apparence encore plus fascinante. Nous pouvons difficilement déterminer quelle proportion relève du manque de moyens et quelle autre correspond à une volonté esthétique totalement assumée. Le résultat possède en revanche une identité que l'on reconnaîtrait immédiatement au milieu de dizaines d'autres boomer shooters.
Après plusieurs épisodes et un public qui semble désormais répondre présent, on peut se demander jusqu'où Joeveno poussera encore cette formule. Un projet plus ambitieux pourrait être intéressant, mais rien n'indique que son créateur souhaite abandonner ce joyeux chaos. Et après avoir terminé Before 4, nous ne sommes même plus certains de vouloir qu'il devienne raisonnable.
Brazilian Drug Dealer Before 4 nous a agressés, épuisés et régulièrement laissés dans une incompréhension totale. Il nous a aussi donné envie de relancer rapidement une session et nous a conduits jusqu'au bout de sa campagne. Difficile de trouver meilleure illustration de la contradiction qui l'habite.
