Cutout Village – Test : le bonheur est dans le pli
Une paire de ciseaux, quelques arbres fruitiers et un village à reconstruire. Cutout Village transforme les loisirs créatifs en petit jeu de gestion reposant.
Notre première maison avait quelques défauts de fabrication. Un coup de ciseaux maladroit, une découpe un peu approximative et voilà notre carrière d'architecte qui commençait avec une note peu glorieuse. Heureusement, dans Cutout Village, personne ne vient inspecter les finitions de vos bâtiments. Et si le travail est vraiment catastrophique, il suffit de ressortir une feuille de papier et de recommencer.
Disponible en accès anticipé depuis le 21 octobre 2026, le nouveau jeu du studio espagnol DevilishGames nous propose de reconstruire un village abandonné à coups de ciseaux, de pliages et de colle. Nous y avons consacré deux heures, suffisamment pour remplir le rez-de-chaussée et une bonne partie du premier étage de constructions, d'arbres et de décorations. Une découverte tranquille, parfois un peu laborieuse, mais qui nous a rappelé le plaisir de fabriquer des maquettes en papier pendant notre enfance.
L'immobilier en kit
Dans Cutout Village, chaque construction commence sur une feuille de papier. Le jeu nous demande de découper les différentes pièces à l'aide de ciseaux, puis de préparer les pliures en faisant glisser notre doigt sur les lignes prévues. Vient ensuite l'étape du collage, où les languettes doivent être assemblées pour donner forme à notre bâtiment. Trois manipulations faciles à comprendre, qui deviennent rapidement les gestes quotidiens de notre petite entreprise immobilière.
Les outils répondent correctement, aussi bien à la souris qu'à la manette, même si les premières découpes demandent un temps d'adaptation. Déborder à l'extérieur du patron n'a aucune conséquence, mais entailler le dessin pénalise la qualité de notre réalisation. Chaque construction reçoit une note pouvant atteindre trois étoiles, laquelle influence son apparence finale. Les perfectionnistes pourront recommencer un travail raté, à condition de payer à nouveau les ressources nécessaires.
La vache aux ciseaux d'or
Pour améliorer notre technique, nous pouvons rendre visite à une vache particulièrement compétente en matière d'outillage. En échange de quelques pièces d'or, elle améliore la précision et la rapidité de nos ciseaux. Une aide appréciable lorsque les constructions commencent à demander davantage de minutie, notamment avec certaines toitures aux tuiles ondulées.
Car tous les patrons ne présentent pas le même niveau de difficulté. Les petites décorations s'assemblent rapidement, tandis que les bâtiments plus élaborés multiplient les pièces et les opérations. Nous garderons notamment un souvenir assez physique de la fabrication d'un escalier et de ses nombreuses marches. Après avoir terminé la dernière pliure, notre avant-bras était presque aussi heureux que nous de voir le chantier achevé.

Les fruits de l'immobilier
Notre village ne se développe évidemment pas gratuitement. Chaque bâtiment exige une quantité précise de ressources, principalement des fruits récoltés sur les arbres. Certaines constructions demandent quelques dizaines d'oranges, d'autres nécessitent également des olives ou des ressources supplémentaires. Il faut donc entretenir nos plantations pour poursuivre les travaux.
Nous avons commencé avec des orangers et des oliviers, avant de débloquer progressivement d'autres espèces, notamment des amandiers et des cerisiers. Les arbres peuvent être plantés dans des emplacements prévus à cet effet, avec la possibilité de choisir les variétés que l'on souhaite cultiver. L'arrivée de l'épicerie et de la boulangerie apporte une dimension commerciale supplémentaire, puisque les récoltes peuvent alors être revendues contre des pièces d'or.
Cette petite économie accompagne agréablement la construction sans jamais transformer Cutout Village en simulateur de gestion complexe. On récolte, on choisit sa prochaine réalisation et on retourne à son atelier. Les bâtiments proposent également plusieurs styles architecturaux, permettant d'harmoniser l'ensemble du village ou de varier les ambiances entre les étages. Nous avons apprécié cette liberté esthétique, même si les espaces de plantation et d'aménagement restent organisés autour d'emplacements définis.
Des voisins en carton, mais pas sans caractère
La reconstruction accompagne une histoire légère, celle d'un village qui retrouve progressivement ses habitants après des années d'abandon. De nouveaux personnages viennent s'installer à mesure que les constructions apparaissent, apportant leurs petites anecdotes et leurs demandes. Nous sommes loin d'une grande aventure narrative, mais ces rencontres donnent une raison supplémentaire de poursuivre notre travail.
La traduction française intégrale permet de profiter facilement de ces échanges. Les personnages forment une galerie sympathique, avec suffisamment de personnalité pour donner vie à ce décor miniature. Voir le village grandir et accueillir progressivement ses habitants procure une satisfaction discrète, qui correspond parfaitement à l'ambiance générale du jeu.

Le village prend du relief
Visuellement, Cutout Village assume pleinement son identité de maquette artisanale. Les bâtiments, les arbres et les décorations évoquent des créations réalisées avec du papier épais, tandis que les illustrations et les couleurs douces renforcent cette atmosphère de livre animé. L'ensemble possède un charme modeste, mais cohérent, accompagné d'une petite musique d'ambiance qui encourage à travailler sans se presser.
La caméra permet d'observer le village sous quatre orientations, une solution suffisante pour apprécier les constructions et organiser les différents espaces. Les déplacements deviennent néanmoins un peu fastidieux lorsqu'il faut passer d'une extrémité à l'autre de la zone de jeu. On aurait aimé pouvoir naviguer plus librement, surtout lorsque les étages commencent à se remplir.

Le calme a ses limites
Cette lenteur se retrouve dans plusieurs aspects de Cutout Village. Découper, plier et coller chaque élément demande du temps, et certaines constructions imposent une succession de gestes assez répétitifs. Lorsque les pièces se multiplient, la fabrication perd momentanément son petit côté relaxant pour devenir un exercice d'endurance. L'escalier évoqué précédemment en constitue un excellent exemple.
Pour autant, ces contraintes semblent correspondre à la philosophie du projet. DevilishGames nous invite à avancer tranquillement, sans pression financière ni urgence permanente. Après deux heures, nous avons apprécié ce rythme, même si la répétition des manipulations pourrait davantage peser lors de sessions beaucoup plus longues.
Le studio a d'ailleurs prévu plus de cinquante constructions et décorations dans cette version, avec une idée supplémentaire assez sympathique : les patrons des bâtiments peuvent être exportés au format PDF pour fabriquer leurs équivalents dans le monde réel. Nous n'avons pas expérimenté cette possibilité, mais elle prolonge naturellement le concept du jeu. Un mode de construction libre est également prévu pendant l'accès anticipé.
Points forts
Un concept original et immédiatement compréhensible, des outils précis qui deviennent plus agréables grâce aux améliorations, et une direction artistique parfaitement adaptée au sujet. La progression par la récolte de fruits fonctionne bien, la personnalisation des bâtiments apporte une touche créative et les habitants rendent le village attachant. La traduction française complète et l'ambiance musicale contribuent également au confort général.
Conclusion
Verdict
Points forts
- Un concept original et bien exploité
- Des outils précis et améliorables
- Une direction artistique cohérente et charmante
- Une progression agréable
- Des personnages sympathiques
- Une traduction française complète
Points faibles
- Des manipulations parfois répétitives
- Certaines constructions laborieuses
- Une caméra peu pratique
- Une gestion assez superficielle
Cutout Village est un petit jeu de construction agréable, qui connaît son public et assume pleinement son rythme. DevilishGames transforme une activité manuelle familière en une expérience interactive soignée, où chaque nouveau bâtiment apporte sa petite satisfaction. Les manipulations peuvent devenir répétitives et quelques améliorations de confort seraient bienvenues, mais nous avons pris plaisir à voir notre village s'agrandir, feuille après feuille. Après deux heures, nous n'avons pas encore fait le tour de son histoire ni de toutes ses constructions, mais les mécaniques principales ont déjà montré leurs qualités et leurs limites. Un titre à découvrir pour ceux qui apprécient les jeux tranquilles, la création et les maquettes en papier.

A propos du studio
DevilishGames est un studio indépendant espagnol installé à Villena, dans la province d'Alicante. Fort de plus de vingt-cinq ans d'activité, il a notamment développé Path to Mnemosyne, Onirike, Minabo – A Walk Through Life et Bambas!. Avec Cutout Village, l'équipe explore une nouvelle forme de construction créative, inspirée des maquettes en papier traditionnelles.