Beat, Heart, Beat – Test : du rythme, du rock et un joyeux chaos visuel
Un univers visuel délirant, du rock alternatif et des parcours rythmiques redoutablement bien construits. Beat, Heart, Beat démarre fort.
Une route se construit sous nos yeux, des téléviseurs surgissent du décor et d'étranges créatures s'agitent en arrière-plan. Au milieu de ce joyeux désordre, notre personnage enchaîne les attaques sur un morceau de rock particulièrement nerveux. Beat, Heart, Beat déborde d'idées, au point qu'on aimerait parfois arrêter la musique pour admirer ce qui se passe à l'écran.
Développé par le collectif indépendant The Wacy, le jeu est disponible en accès anticipé depuis le 9 octobre 2026. Nous avons terminé son mode histoire en difficulté normale en environ 75 minutes, avant de revenir sur quelques morceaux en difficile et de découvrir son éditeur de niveaux. Une première session suffisante pour constater que derrière son apparente folie artistique, le jeu possède de sérieuses qualités.

Un sacré travail de mise en scène
La direction artistique est probablement la première chose que l'on retiendra de Beat, Heart, Beat. Les personnages sont animés en 2D, mais évoluent dans des environnements entièrement construits en 3D. Les illustrations découpées se mélangent aux textures photographiques, aux objets modélisés et aux animations traditionnelles. Chaque niveau possède sa propre ambiance et certains décors semblent littéralement prendre vie pendant notre progression.
Le plus impressionnant vient de ces transformations qui se produisent en temps réel. Des portions de route apparaissent devant nous, des structures immenses s'assemblent en arrière-plan et des perspectives entières changent sans interrompre la partie. Le jeu en fait énormément, mais cette générosité visuelle lui donne une identité qu'on aurait du mal à confondre avec celle d'une autre production.
L'univers possède également une dimension assez dérangeante. Derrière les couleurs vives et les personnages qui ressemblent à des autocollants se cachent des scènes parfois morbides, des formes organiques et quelques visions franchement inquiétantes. Le récit suit Peccori, une marionnette à la recherche de son cœur dans un monde en pleine décomposition. Nous avons surtout suivi l'action, laissant volontairement de côté une partie des dialogues entre les niveaux. Difficile donc de juger la profondeur de l'histoire, mais son habillage artistique nous a largement convaincus.
Trois directions et du rythme
Le gameplay repose sur une formule facile à comprendre. Le personnage avance automatiquement et doit frapper les ennemis lorsqu'ils atteignent une ligne de référence. Trois directions permettent d'agir : droite, haut et bas. Les frappes ascendantes font également sauter notre personnage, tandis que les attaques descendantes permettent de rejoindre les cibles situées plus bas.
Les premiers niveaux utilisent essentiellement des ennemis Common, placés sur notre trajectoire, et des Air, accessibles en sautant. Puis les parcours gagnent en hauteur. Il faut enchaîner plusieurs attaques pour grimper de plateforme en plateforme, redescendre au bon moment ou rester suspendu au-dessus du vide grâce aux cibles rencontrées. Ces déplacements s'intègrent directement au rythme de la musique.
D'autres mécaniques viennent rapidement compliquer les choses. Les Hold demandent de maintenir une direction pendant une note prolongée, puis de relâcher la commande avec précision. Les Triple Tap imposent plusieurs frappes rapprochées, tandis que certaines cibles de type totem reprennent des motifs irréguliers, souvent associés aux lignes de basse. Les Launcher et d'autres ennemis élargissent encore les possibilités de déplacement.
The Wacy a particulièrement soigné l'apprentissage. Chaque nouveauté arrive au bon moment, avant d'être associée à celles déjà rencontrées. La difficulté augmente progressivement et les deux derniers morceaux du mode histoire réunissent des enchaînements franchement retors. Il faut alors connaître ses commandes, surveiller sa trajectoire et garder le tempo sans se laisser distraire.

Quand on connaît la chanson
La première tentative sur un morceau demande généralement de la concentration. On surveille les ennemis qui arrivent, on découvre les changements de hauteur et on essaie de ne pas perdre le rythme. Quelques essais plus tard, les choses deviennent beaucoup plus naturelles. Une phrase musicale annonce un saut, une ligne de basse prépare une série de frappes et l'on commence à anticiper le parcours presque instinctivement.
C'est là que Beat, Heart, Beat devient particulièrement agréable. La correspondance entre les morceaux et les actions est travaillée, et les bonnes séquences donnent réellement l'impression de jouer avec la musique. Les indications Perfect récompensent les frappes précises, de quoi encourager ceux qui souhaitent améliorer leurs performances.
La bande-son accompagne très bien cette progression. Principalement orientée rock alternatif et midwest emo, elle propose une majorité de compositions franchement excellentes. Certaines sont immédiatement entraînantes, d'autres demandent quelques écoutes pour révéler leurs qualités. Nous avons cependant moins apprécié deux ou trois pistes vers la fin, dont les arrangements psychédéliques accumulent les instruments jusqu'à devenir presque cacophoniques.
Il y a quelque chose de très seventies dans ces excès, comme du rock psychédélique revisité avec des sonorités modernes et davantage de saturation. L'expérimentation possède son charme, mais quelques morceaux nous ont davantage fatigué les oreilles que donné envie de les réécouter.

Court à terminer, autrement plus long à maîtriser
75 minutes nous ont suffi pour terminer le mode histoire en normal. Pour autant, nous étions loin de maîtriser l'ensemble des morceaux. Notre première partie visait avant tout à découvrir le contenu, sans chercher systématiquement les meilleures évaluations.
Nous avons ensuite relancé deux pistes en difficulté difficile, et le changement est sensible. Les enchaînements demandent davantage de précision, les trajectoires sont plus exigeantes et connaître la musique devient un véritable avantage. Les joueurs qui aiment recommencer un morceau jusqu'à le maîtriser trouveront largement matière à progresser.
Quelques excès qui coûtent des notes
La réalisation spectaculaire du jeu se retourne parfois contre lui. Durant certaines séquences du mode histoire, des personnages interviennent à travers des dialogues alors que nous devons continuer à frapper les ennemis. Difficile de lire ces échanges et de conserver sa concentration sur la ligne de rythme.
Certains environnements posent un problème similaire. Les introductions sont souvent magnifiques et les animations généralement fluides, mais plusieurs éléments visuels viennent parfois compliquer la lecture de l'action. Dans un jeu qui réclame autant d'attention, ces distractions auraient mérité d'être mieux maîtrisées.
Le mode Free Play et les défis Heartless prolongent également l'expérience. Il faut simplement garder en tête que nous jugeons une version en accès anticipé : The Wacy prévoit encore plusieurs chapitres et de nouveaux morceaux. Pour l'instant, les joueurs uniquement intéressés par le récit arriveront assez rapidement au bout du contenu disponible.
Beat, Heart, Beat dispose déjà d'un éditeur de niveaux intégré et du Steam Workshop. Les joueurs peuvent importer leur propre morceau, définir son tempo, renseigner ses informations et construire un parcours sur une grille rythmique. Les différentes catégories d'ennemis sont disponibles, accompagnées d'outils permettant de travailler le terrain, les éléments de premier plan et les décors d'arrière-plan.
Les possibilités sont intéressantes, avec de quoi créer bien davantage qu'une simple succession de notes. L'éditeur permet de préparer ses enchaînements, de personnaliser l'environnement et de prévisualiser le résultat. Les créations communautaires accessibles via le Workshop apportent déjà une autre manière de profiter du jeu.

L'interface aurait toutefois besoin d'un sérieux travail ergonomique. Les outils sont nombreux, les menus se superposent et la prise en main demande du temps avant de devenir confortable. Autre limite : la manette n'est pas prise en charge dans l'éditeur. Le jeu affiche d'ailleurs un avertissement à ce sujet, précisant que cette fonctionnalité est en cours de développement. Pour créer, il faut donc obligatoirement repasser au clavier et à la souris.
L'outil reste une belle initiative pour une production indépendante de cette taille. Son potentiel est réel, particulièrement avec le partage communautaire, mais nous espérons que les prochaines mises à jour amélioreront son confort d'utilisation.
Conclusion
Verdict
Points forts
- Une identité visuelle exceptionnelle et des environnements constamment animés.
- Des parcours rythmiques intelligemment construits.
- Une difficulté progressive qui laisse une belle marge de progression.
- Une bande-son majoritairement excellente.
- Un éditeur complet et le Steam Workshop déjà disponibles.
Points faibles
- Quelques compositions particulièrement chargées et fatigantes.
- Des dialogues et animations qui perturbent parfois la concentration.
- Un éditeur encore peu ergonomique, sans prise en charge de la manette.
- Une campagne actuellement assez courte pour qui ne recherche pas la performance.
Beat, Heart, Beat fait partie de ces productions indépendantes qui affichent immédiatement leur personnalité. Sa direction artistique impressionne, ses animations donnent une ampleur folle aux décors et son gameplay possède une vraie profondeur derrière des commandes très simples.
Nous avons particulièrement apprécié la manière dont chaque morceau devient progressivement plus naturel à jouer. La progression est bien construite, les derniers niveaux donnent du fil à retordre et les difficultés supplémentaires permettent de prolonger sérieusement l'expérience. Le tout est porté par une excellente bande-son, malgré quelques compositions un peu trop expérimentales à notre goût.
La mise en scène manque parfois de retenue et l'éditeur mérite encore du travail. Mais après avoir terminé la campagne et commencé à explorer le contenu supplémentaire, notre impression est franchement positive. The Wacy dispose déjà d'un excellent jeu de rythme, avec suffisamment de caractère et de bonnes idées pour donner envie de suivre son développement.

A propos du studio
The Wacy est un petit collectif indépendant réunissant plusieurs collaborateurs autour de Beat, Heart, Beat. L'équipe développe et édite ce projet qui associe jeu de rythme, animation et musique originale, avec de nouveaux chapitres prévus pendant son accès anticipé.