Europe gothique, monstres, et prêtre corrompu
L'histoire se déroule dans une Europe du XVIIe siècle aux allures de fantasy sombre. Rudiger, soldat retraité reconverti en fermier, est brutalement rappelé au combat lorsque des monstres attaquent son village d'Elsheim. Derrière tout ça : le Père Pacer, prêtre catholique corrompu qui lève une armée de créatures pour mettre la main sur la Lance de Longin. Rudiger s'en empare et part châtier ce qui doit l'être, sur 21 niveaux de plateforme à scrolling latéral.
L'ancrage historico-religieux est traité avec un sérieux inattendu. Le jeu n'est pas une parodie anti-catholique, Rudiger lui-même est un croyant pratiquant, et les thèmes de foi, de corruption et de violence légitime traversent l'aventure avec une cohérence narrative appréciable. Les choix effectués en jeu influencent la fin obtenue : quatre dénouements différents sont disponibles selon les actions de Rudiger vis-à-vis des civils et des trésors collectés. C'est une invitation à rejouer, dans la grande tradition Castlevania.
La lance, le pixel, et le gouffre sans fond
Saint Slayer est avant tout un jeu d'action-plateforme sans filet. Rudiger se bat à l'arme de mêlée, avec une portée limitée qui oblige à une gestion précise de l'espace. La possibilité de lancer sa lance offre une alternative à distance avec un stock réduit à trois jets par défaut, à économiser pour les boss ou les ennemis à problèmes. Mieux encore, la lance plantée dans un mur fait office de plateforme temporaire, ouvrant des chemins secrets et des raccourcis dans des niveaux qui en ont bien besoin, puisque certains s'avèrent franchement imposants.
La mécanique de combat est solide. Les ennemis ont des schémas lisibles, les boss demandent de l'apprentissage, et la progression dans la maîtrise du jeu est réelle et satisfaisante. On retrouve également Lavinia, marchande présente dans chaque niveau hors boss, qui propose améliorations de vie, de foi et indices sur les artefacts cachés en échange d'orbes, une monnaie rare. Si rare, d'ailleurs, qu'on finit généralement par ignorer la boutique sur une première partie, préférant accumuler les orbes pour des runs ultérieurs.
Le jeu se veut d'une fidélité absolue aux travers de l'époque. Les coups reçus projettent Rudiger en arrière, souvent dans un gouffre. Il n'y a pas de checkpoint en cours de niveau. On repart du début à chaque mort. Les vies sont limitées et les continues coûtent de la monnaie. C'est authentique. C'est aussi, selon son profil, exaltant ou épuisant. Les sections avec des fosses constituent les moments les plus punitifs de l'ensemble, moins par les boss, finalement gérables une fois leurs patterns mémorisés, que par certains enchaînements de plateformes et d'ennemis qui transforment l'écran en piège ambulant.
Quatre modes de difficulté permettent de doser la douleur : le mode Facile supprime le knockback et octroie plus de vies, rendant l'expérience accessible sans être triviale ; Normal ajoute des ennemis et réduit les ressources ; Hard pousse encore plus loin ; le mode Classique, enfin, retire la boutique et les continues pour une expérience aussi pure que masochiste.
Le système de mots de passe fait son retour avec un rôle étendu : certains codes débloquent des objets secrets, des compagnons animaux ou permettent d'aborder le jeu sous des angles inédits. C'est un choix délibéré qui s'assume pleinement, mais qui peut laisser les joueurs peu familiers avec les conventions NES dans un certain flottement au départ.
La durée d'une partie varie fortement selon la difficulté et la maîtrise du joueur : entre une et deux heures pour un premier run sur mode Facile, davantage en mode Normal ou Hard. La rejouabilité est réelle grâce aux quatre fins, aux trésors dissimulés et aux modes additionnels.
Direction artistique et son : l'hommage réussi
Saint Slayer convainc pleinement sur le plan visuel. Le pixel art gothique est dense, lisible et cohérent, avec des environnements qui varient suffisamment pour maintenir l'intérêt : cimetières, donjons, bibliothèques aux rayonnages instables, chambres de torture aux embuscades aléatoires. Les ennemis, chevaliers, goules, corbeaux en piqué, squelettes en tout genre, sont bien animés et caractérisés. Le tout baigne dans une palette sombre et contrastée qui colle parfaitement au registre. On aurait aimé un filtre CRT pour que les visuels puissent assumer pleinemet l'époque d'ou ils viennent!
La bande-son chip tune est excellente. Lillymo Games a composé des thèmes qui restent en tête sans jamais lasser, avec cette énergie et ce dynamisme qui caractérisaient les meilleures OST NES. C'est un point fort indéniable du jeu, cohérent avec les ambitions affichées;
Sur Switch, Saint Slayer tourne sans souci particulier. La taille du fichier est légère (moins de 250 Mo), les temps de chargement inexistants, et le jeu se prête naturellement au format nomade. Pas de problème de framerate à signaler sur un titre aussi peu gourmand. Rien à redire sur ce plan.
Points forts
➤ Direction artistique NES parfaitement maîtrisée, gothique et lisible
➤ Bande-son chip tune mémorable
➤ Gameplay solide et bien calibré, avec une vraie courbe d'apprentissage
➤ Mécanique de lance originale - jet + plateforme improvisée
➤ Quatre fins différentes selon les choix du joueur
➤ Plusieurs modes de difficulté pour ajuster la punition
➤ Co-op local inclus
➤ Prix très accessible (9,99 €)
Points faibles
➤ Knockback et fosses sans checkpoint : source de frustrations répétées, authentiques mais pas toujours savoureuses
➤ Système de boutique peu utile sur une première partie faute de monnaie
➤ Certains boss en retrait par rapport à la difficulté des niveaux eux-mêmes
➤ Pas de sauvegarde automatique entre les niveaux
➤ Abscence filtre CRT
Verdict
Saint Slayer: Spear of Sacrilege se présente comme un jeu NES en 2026, gore, gothique, exigeant, et fièrement rétrograde. Lillymo Games cherche à séduire les joueurs nourris au Castlevania, à Ninja Gaiden ou à Ghosts 'n Goblins, c'est une lettre d'amour bien écrite, à un prix qui ne demande pas de réflexion. Pour les autres, surtout ceux peu familiers avec les conventions du genre et ses frustrations inhérentes, la rencontre risque d'être brutale et courte. Le jeu ne ment pas sur ses ingrédients. À vous de voir si vous les aimez.