Love: Fall in Death – Test : l'amour a les crocs
Une drague de comptoir qui tourne à la chasse aux vampires : Love: Fall in Death assume ses excès et nous a fait rire malgré ses limites.
Nous pensions simplement aider un garçon à séduire une jolie inconnue dans un bar d'Istanbul. Quelques décisions maladroites plus tard, nous voilà embarqués dans une histoire de vampires et de chasseurs, avec cette étrange impression d'avoir lancé le mauvais film. Pourtant, impossible de décrocher. Love: Fall in Death venait de réussir son premier tour de passe-passe : nous donner envie de connaître la suite d'une aventure dont nous ignorions absolument tout.
Développé et édité par le studio turc SNR Interactive, ce film interactif tourné avec de vrais acteurs sortira le 29 octobre 2026. Nous avons parcouru sa version presse jusqu'à une conclusion qui semblait être la bonne, au terme d'une première partie d'environ quatre-vingt-dix minutes, souvent visionnée en accéléré. De quoi découvrir une production aux moyens modestes, parfois franchement excessive, mais qui possède suffisamment d'humour et de surprises pour nous avoir fait passer une soirée plutôt sympathique.

Un rencard à mourir de rire
Tout commence par une idée particulièrement stupide, comme seules les soirées entre copains savent en produire. Dans un bar, Kutay se retrouve poussé à aborder Ayşil, une mystérieuse jeune femme qui attire immédiatement son attention. Nous prenons alors le contrôle de ses décisions, entre tentatives de séduction, conversations maladroites et réactions plus ou moins heureuses. Les premières minutes ressemblent à un simulateur de rencontres où il faudrait surtout éviter de passer pour le dernier des imbéciles.
Puis le scénario commence à prendre des libertés avec la romance. Ayşil n'est visiblement pas une cliente ordinaire, et la soirée glisse progressivement vers une histoire de créatures surnaturelles et de chasse aux vampires. Nous avons découvert cette orientation sans avoir consulté le moindre résumé du jeu, et la surprise a particulièrement bien fonctionné. À partir de là, nous voulions simplement savoir jusqu'où les scénaristes allaient pousser leur délire.
La série B a du sang neuf
Love: Fall in Death affiche rapidement ses ambitions et ses limites de production. L'image est propre, les plans sont correctement construits et les dialogues profitent d'un découpage classique en champs et contrechamps. Certaines scènes sont tournées dans des décors réels qui donnent de la crédibilité à l'ensemble, tandis que d'autres trahissent beaucoup plus ouvertement leur passage devant un fond vert. Les incrustations sont parfois suffisamment visibles pour rappeler que le budget du film n'était probablement pas celui d'une grosse production hollywoodienne.
Le jeu des acteurs accompagne cette réalisation avec une générosité toute particulière. Les réactions sont appuyées, les mimiques nombreuses et certaines situations provoquent cette petite gêne que connaissent bien les amateurs de cinéma de série B. On pourrait facilement s'en moquer, mais le ton général semble parfaitement assumer ces excès. Une fois entré dans le délire, nous avons surtout pris plaisir à voir les personnages réagir à des événements de plus en plus improbables.
Le charme fonctionne aussi grâce à ce décalage permanent entre la romance et le surnaturel. Kutay commence sa soirée avec l'espoir de séduire une fille et se retrouve confronté à des problèmes qui dépassent largement ses compétences de dragueur. Cette escalade donne du rythme au récit et permet à une production pourtant modeste de conserver notre attention jusqu'à son dénouement.
Le cœur a ses raisons
Comme tout film interactif qui se respecte, Love: Fall in Death nous demande régulièrement de choisir les paroles et les réactions de son protagoniste. Certaines décisions influencent une jauge d'amour représentée par un cœur, dont le pourcentage augmente ou diminue selon les réponses apportées. Le jeu indique ainsi assez clairement lorsque nous prenons une direction favorable à notre relation avec Ayşil.
Ce système possède toutefois un petit défaut : il rend souvent les choix relativement prévisibles. Lorsqu'on souhaite obtenir une conclusion heureuse, certaines réponses semblent naturellement plus intéressantes que d'autres. Heureusement, tous les embranchements ne se limitent pas à gagner ou perdre quelques points. Certaines décisions peuvent orienter le scénario vers des séquences sensiblement différentes, avec de nouvelles situations à découvrir.
Les développeurs annoncent plus de 150 décisions réparties dans cette aventure, avec plusieurs conclusions possibles. Nous n'avons parcouru qu'une seule route jusqu'à son terme, sans explorer systématiquement les alternatives. Impossible, donc, de juger précisément l'étendue de toutes ces ramifications. En revanche, le jeu met à disposition un outil particulièrement pratique pour ceux qui souhaitent découvrir les autres possibilités.
L'arbre qui cache la forêt
Une carte narrative répertorie les séquences et les différents embranchements rencontrés au fil de l'histoire. Elle permet de comprendre rapidement où une autre décision pourrait nous conduire vers un passage inédit. Pour un jeu qui encourage les tentatives successives, cette présentation facilite considérablement la recherche des scènes manquantes.
SNR Interactive a également prévu plusieurs outils pour éviter de revoir indéfiniment les mêmes dialogues. Les séquences déjà découvertes peuvent être passées rapidement, tandis que les scènes inédites peuvent être visionnées jusqu'à 1,5 fois leur vitesse normale. Nous avons largement profité de cette dernière option pendant notre parcours. Elle permet de dynamiser les conversations lorsque celles-ci s'étirent un peu trop longtemps, même si elle donne parfois aux acteurs une énergie supplémentaire dont ils n'avaient franchement pas besoin.

Les dés sont jetés, puis relancés
Pour pimenter certaines situations, Love: Fall in Death introduit également des jets de dés. La réussite d'une action dépend alors du résultat obtenu, ajoutant une part de hasard aux décisions. L'intention est compréhensible : quelques imprévus peuvent rendre une histoire interactive plus amusante, surtout lorsque celle-ci repose sur des situations absurdes.
Le problème vient de la facilité avec laquelle le système peut être contourné. Si un lancer ne nous convient pas, il suffit de quitter la partie et de recommencer la séquence pour tenter sa chance à nouveau. La possibilité de revenir sur des passages précédents réduit considérablement les conséquences d'un mauvais résultat. Le hasard devient donc une petite animation supplémentaire, sans parvenir à installer une véritable tension.
Une soirée en français
Le jeu propose un doublage français intégral, une initiative appréciable pour un FMV où les dialogues occupent une place aussi importante. Les voix nous ont paru tout à fait audibles et suffisamment convaincantes pour suivre l'histoire sans difficulté. Quelques maladresses subsistent dans la traduction écrite, avec de petites fautes de français, mais rien qui empêche de comprendre les conversations.
L'ensemble reste confortable à parcourir. Les choix sont faciles à identifier, les fonctions d'accélération répondent à un véritable besoin et la carte narrative évite de chercher pendant des heures quel passage nous avons manqué. Pour une production qui mise essentiellement sur l'enchaînement de séquences filmées, ces outils constituent un atout appréciable.

Jusqu'à ce que la mort nous sépare
Love: Fall in Death nous a finalement surpris pour des raisons assez différentes de celles que nous imaginions au lancement. Nous pensions découvrir un petit simulateur de drague, peut-être embarrassant, probablement vite oublié. Nous avons trouvé une comédie horrifique qui enchaîne les situations improbables et assume son goût pour les excès. La révélation de son véritable sujet nous a suffisamment amusés pour que nous souhaitions découvrir le dénouement.
La réalisation manque parfois de moyens, les interprétations en font souvent des tonnes et les jets de dés ne présentent guère d'intérêt lorsqu'on peut facilement recommencer. Mais le jeu possède une qualité appréciable : il sait exactement dans quel registre il souhaite évoluer. À condition d'accepter cette atmosphère de série B, on peut passer un bon moment en compagnie de Kutay et de ses problèmes sentimentaux franchement inhabituels.

Conclusion
Verdict
Points forts
- Un scénario qui réserve de bonnes surprises
- Un humour volontairement excessif
- Une galerie de personnages amusants
- Des embranchements narratifs intéressants
- Une carte de progression pratique
- Des fonctions d'accélération bienvenues
- Un doublage français intégral
Points faibles
- Une réalisation aux moyens limités
- Des incrustations sur fond vert souvent visibles
- Un jeu d'acteur régulièrement gênant
- Des jets de dés facilement contournables
- Quelques maladresses dans la traduction française
- Durée de vie expéditive
Love: Fall in Death est une petite curiosité qui mérite qu'on accepte ses imperfections pour profiter de son humour. SNR Interactive livre un film interactif aux allures de série B, avec des acteurs parfois excessifs, une histoire improbable et plusieurs outils bien pensés pour encourager les parcours alternatifs. Notre première partie d'environ quatre-vingt-dix minutes nous a permis d'atteindre une conclusion satisfaisante, sans avoir encore exploré les autres directions du scénario. Nous avons surtout retenu le plaisir d'avoir été embarqués, presque malgré nous, dans une histoire de vampires là où nous attendions une simple romance de comptoir. Une production modeste, imparfaite, mais suffisamment amusante pour avoir donné envie d'en découvrir davantage.

A propos du studio
SNR Interactive est un studio indépendant turc basé à Istanbul, spécialisé dans la création de jeux et de productions audiovisuelles. Love: Fall in Death constitue son premier jeu, réalisé avec la participation de Digital Fossil, sous la direction d'Ali Çelik et avec un scénario de Yıldırım Silin.