Chick 'n Gun – Preview : mourir, c'est tout un art
Dans Chick 'n Gun, les poussins se sacrifient pour construire leur chemin vers la liberté. Un jeu de plateformes nerveux dont la démo nous a franchement convaincus.
Dans Chick 'n Gun, on se tire dessus pour avancer. Un poussin se transforme en bloc de pierre, le suivant grimpe dessus, puis se sacrifie à son tour quelques mètres plus loin. Le tout avec dix secondes à vivre et une usine de nuggets qui semble avoir été conçue par un psychopathe. Nous avons passé cinquante minutes à organiser ce petit massacre, et nous n'avons pas vu le temps passer.
Développé par La Tamiserie, Chick 'n Gun nous invite à organiser l'évasion d'une armée de poussins dont les chances de survie sont franchement compromises. Une courte introduction donne le ton : une poule pond sans relâche, alimentant ce qui ressemble à une réserve inépuisable de candidats au sacrifice. La démo propose une vingtaine de niveaux qui vont exploiter cette situation avec une inventivité assez réjouissante.
La poule aux œufs de pierre
Chaque tableau possède une entrée, une sortie et tout ce qu'il faut entre les deux pour transformer notre poussin en mauvais souvenir. Piques, lave, scies circulaires et autres pièges composent des parcours qu'il serait souvent impossible de traverser normalement. Notre petite boule de plumes dispose également de dix secondes pour atteindre la sortie, sous peine d'être abattue par un œil particulièrement peu conciliant.
Heureusement, les poussins arrivent à la chaîne et chaque nouveau venu bénéficie de ses propres dix secondes. Toute l'astuce consiste à utiliser le pistolet pour sacrifier volontairement l'un d'entre eux. Son corps se transforme alors en bloc de pierre, définitivement installé à l'endroit du sacrifice. Le suivant pourra prendre appui dessus pour atteindre une plateforme, franchir un obstacle ou poursuivre une construction commencée plusieurs vies auparavant. Attention toutefois : un poussin tué par un piège disparaît sans laisser de bloc derrière lui.
On comprend rapidement que tirer au mauvais endroit peut devenir aussi problématique que de rater un saut. Un bloc placé trop bas, trop haut ou devant un passage étroit risque de condamner les tentatives suivantes. Il nous est ainsi arrivé de construire nous-mêmes les obstacles qui empêchaient notre évasion. Heureusement, une commande permet de réinitialiser immédiatement la salle lorsqu'on a définitivement saboté son propre plan.
Les morts font la courte échelle
Les premiers tableaux apprennent tranquillement à se déplacer, à sauter et à escalader certaines parois. Le jeu laisse le temps de comprendre sa physique avant de réclamer des sacrifices plus réfléchis. Puis les niveaux commencent à jouer avec nos habitudes : des zones empêchent la transformation en pierre, certaines surfaces ne peuvent pas être escaladées et des pièges mobiles viennent compliquer la construction des passages.
Les scies circulaires sont particulièrement désagréables. Elles suivent des trajectoires prédéfinies et peuvent détruire les blocs placés sur leur passage. Il faut donc réfléchir à la position de chaque sacrifice, mais aussi au moment où l'on décide de l'effectuer. Certains tableaux nous ont demandé une bonne quinzaine de morts avant de trouver une solution satisfaisante, sans jamais donner l'impression que le jeu cherchait à tricher.
La réussite vient beaucoup de la qualité des commandes. Les mouvements sont précis, les sauts répondent correctement et les réapparitions sont quasiment immédiates. On tente une approche, on constate son erreur et le prochain poussin est déjà prêt à reprendre le travail. Chick 'n Gun comprend parfaitement le plaisir du die and retry : recommencer doit prendre moins de temps que réfléchir à ce qu'on vient de rater.
Cette efficacité permet aux développeurs de pousser progressivement les exigences sans casser le rythme. Les salles deviennent plus complexes, les espaces disponibles se réduisent et les blocs doivent être placés avec davantage de précision. Sur la vingtaine de niveaux parcourus, nous avons régulièrement découvert une nouvelle contrainte ou une manière différente d'exploiter les outils déjà appris. Les cinquante minutes de notre session ont filé à une vitesse assez impressionnante.
Poule position
Le plaisir ne s'arrête d'ailleurs pas à la sortie du dernier tableau. Une fois la démo terminée, le mode Time Attack invite à reprendre les niveaux pour optimiser ses performances. Le jeu dispose déjà de classements en ligne, permettant de comparer ses résultats à ceux des autres joueurs et de chercher des trajectoires plus efficaces.
Après avoir passé une première partie à comprendre comment survivre, on commence donc à se demander combien de poussins sont réellement nécessaires pour atteindre la sortie. Certains sacrifices peuvent être déplacés, des mouvements raccourcis et des tentatives optimisées. Cette seconde lecture des niveaux semble particulièrement adaptée à la formule, d'autant que les commandes répondent suffisamment bien pour encourager la recherche de précision.
Visuellement, Chick 'n Gun adopte un pixel art sombre, baigné de rouge et de vert, avec des effets rappelant les anciens écrans cathodiques. L'usine possède une atmosphère franchement malsaine, entre ses murs industriels, ses pièges et les restes des précédents candidats à l'évasion. Le contraste avec les petits poussins aux expressions presque innocentes fonctionne bien et accompagne un humour noir omniprésent.
Au terme de cette démo, difficile de reprocher grand-chose à Chick 'n Gun. Les contrôles sont maîtrisés, les niveaux exploitent intelligemment le sacrifice et la difficulté progresse sans brutalité inutile. Surtout, on prend un véritable plaisir à chercher comment utiliser la mort de chaque poussin pour préparer le passage du suivant.
Il faudra voir si La Tamiserie parvient à conserver cette inventivité sur l'ensemble du jeu, mais ces premières cinquante minutes donnent déjà envie d'y retourner. Et avec le Time Attack, nous avons désormais une bonne excuse pour sacrifier quelques centaines de poussins supplémentaires.

A propos du studio
La Tamiserie est le studio indépendant à l'origine de Chick 'n Gun, un jeu de plateformes de précision développé avec le moteur Godot. Le projet mise sur des niveaux courts, une difficulté progressive et une mécanique de sacrifice qui transforme chaque échec en possibilité de progression.