Dark Pals: The 1st Floor Steam Deck / Legion Go S

Le mascot horror est un genre qui fatigue. Depuis que Five Nights at Freddy's a posé ses fondations il y a plus d'une décennie...

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Depuis que Five Nights at Freddy's a posé ses fondations il y a plus d'une décennie, la formule a été copiée, essorée, industrialisée au point de devenir un gag. Couleurs criardes, créatures grotesques, lore impénétrable dispersé dans des notes de bas de page : les joueurs savent exactement ce qui les attend avant même de lancer le jeu. C'est dans ce contexte que débarque Dark Pals: The 1st Floor, premier jeu de Skunx Games, studio fondé par Winston van Graafeiland, créateur de la chaîne YouTube Horror Skunx et ses 8,5 millions d'abonnés. L'équation de départ est donc doublement piégée : un genre saturé, et un YouTubeur qui aurait pu se contenter de monétiser sa communauté avec du contenu bâclé. Il ne l'a pas fait. 

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UpWard, ou l'enfance qu'on préférerait oublier

On incarne un adulte qui revient dans un lieu enfoui dans sa mémoire : UpWard, une installation hybride entre parc d'attractions et centre de conditionnement comportemental pour enfants, quelque part dans les années 80. L'endroit est figé dans le temps, comme si quelqu'un avait appuyé sur pause en 1985 et oublié de revenir. Les annonces sonores tournent en boucle dans les couloirs vides. Les couleurs sont trop vives, trop propres pour un lieu aussi clairement abandonné. Les mélodies de fond, entêtantes, légèrement fausses, s'incrustent dans le crâne sans demander la permission.

Le jeu ne s'embarrasse pas d'une exposition longue. Il préfère distiller son histoire par fragments : des projections vidéo de l'animateur Chazington qui guidait jadis les enfants à travers les activités, des documents éparpillés, des détails d'environnement qui en disent plus que n'importe quelle cinématique. Le lore plus profond de l'univers Dark Pals se déploie en dehors du jeu, via une série de vidéos sur la chaîne Horror Skunx, un choix transmedia qui peut frustrer ceux qui veulent tout comprendre depuis leur fauteuil, mais qui donne à UpWard une impression de monde plus grand que lui.

Le mystère central, pourquoi ce lieu vous connaît-il ? Pourquoi ces images d'enfance à moitié effacées ?  fonctionne précisément parce que le jeu ne le résout pas. The 1st Floor est un premier chapitre, et il se termine sur un cliffhanger délibérément abrupt. C'est une frustration honnête, à condition d'accepter les règles du jeu dès le départ.

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L'Ink Blaster, ou comment déjouer les attentes

La vraie surprise de Dark Pals tient à son outil principal. L'Ink Blaster, un pistolet à encre jouet avec une âme, baptisé Inky, aurait pu n'être qu'un gadget cosmétique. Il est en réalité la colonne vertébrale de tout le gameplay. Et sa particularité la plus intéressante : on ne peut pas s'en servir pour combattre. Arroser Chompy Chasey ou Binky Drinky d'encre ne fait rien, à peine une petite tache sur leur pelage, et aucune réaction de leur part. Inky sert à propulser des objets, activer des mécanismes à distance, redonner de la couleur à des illustrations en noir et blanc pour déclencher des portes ou révéler des indices.

Cette décision de design force à repenser complètement la relation aux ennemis. On ne peut pas les affronter, à peine les ralentir indirectement. Il faut les éviter, anticiper leurs déplacements, trouver une fenêtre pour agir. Ça donne aux séquences de poursuite une tension authentique, sans jamais verser dans la punition gratuite. Les puzzles eux-mêmes sont bien dosés pour le public visé : ni trop évidents, ni obscurcis par une logique absurde. Ils demandent d'observer l'environnement attentivement, de tester des interactions, d'accepter parfois que la progression passe par un endroit inattendu.

Le tutoriel, intégré sous forme de jeux de foire au début de l'expérience, est un exemple de pédagogie bien pensée : on apprend les mécaniques en jouant, sans qu'un panneau d'instructions vienne briser l'atmosphère.

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Des mascots qui méritent leur place

Chompy Chasey et Binky Drinky sont les deux grandes figures de cette première incursion à UpWard, et Skunx Games a pris soin de leur donner une vraie présence. Chompy, chien à la tête disproportionnée et aux dents trop nombreuses, a des yeux qui se dilatent comiquement quand il tente de se faufiler dans un couloir étroit. Binky Drinky, un colosse dont le ventre est tapissé de dents acérées et dont la tête est une tétine géante, déforme son appendice contre les chambranles de porte avec une fluidité qui surprend pour une production de cette taille.

Ces détails d'animation auraient pu n'être que de la finition décorative. Ils contribuent en réalité à rendre les créatures crédibles en tant que personnages à part entière, pas juste des obstacles scriptés. Une séquence vers la fin du chapitre met d'ailleurs les deux en scène ensemble, avec une chorégraphie qui tient la route visuellement et narrativement.

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Une heure, pas une de plus

Dark Pals: The 1st Floor se boucle en une heure environ. C'est court, très court. Et selon comment on aborde la question, c'est soit son principal défaut, soit simplement la réalité d'un premier chapitre assumé. Le jeu est vendu 6,70€ au lancement (avec réduction), ce qui le place dans une zone tarifaire raisonnable pour la durée proposée. Mais l'expérience se termine au moment précis où elle commence à trouver son rythme, et la suite n'existe pas encore. Ceux qui s'attendaient à un jeu complet risquent d'être décontenancés par l'arrêt brutal.

La technique est propre sans être spectaculaire, Unreal Engine bien utilisé, direction artistique cohérente, ambiance sonore soignée avec ces mélodies d'UpWard qui restent en tête longtemps après avoir fermé le jeu. Aucun bug majeur constaté.

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Points Forts

➤ Une ambiance années 80 oppressante et cohérente de bout en bout

➤ L'Ink Blaster, outil central non-offensif, donne aux puzzles une vraie logique

➤ Des mascots animés avec soin, crédibles et mémorables

➤ Pas de jump scares faciles - le jeu préfère l'inconfort à la frayeur mécanique

Points Faibles

➤ Une heure de jeu, c'est court - très court

➤ Le lore profond nécessite de sortir du jeu pour consulter du contenu YouTube

➤ Structure épisodique qui laisse sur sa faim, suite non datée

Verdict

Dark Pals: The 1st Floor ne réinvente pas le mascot horror. Il ne cherche pas à le faire. En revanche, il applique sa formule avec une rigueur et une attention aux détails qui font défaut à la grande majorité de ses concurrents. L'univers est cohérent, les mécaniques sont bien pensées, les antagonistes sont travaillés, et la direction artistique donne au tout une identité visuelle reconnaissable. Pour un studio à ses débuts et une équipe de six personnes, c'est un résultat solide.

La vraie question que pose The 1st Floor n'est pas "est-ce un bon jeu ?", c'en est un, dans le cadre de ce qu'il propose. La vraie question est celle du modèle : jusqu'où va s'étendre cette série épisodique, à quel rythme, et est-ce que Skunx Games gardera ce niveau d'exigence sur la durée ? La réponse attendra le 2e étage.